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Maternelle

par La journaliste IT pink & green

Maternelle

Vers six ou sept ans, j'ai reçu un cadeau formidable, le Graal du Graal, plus qu'un jouet, le cadeau rêvé : un poupon nouveau-né. Oh, ce n'était pas une Corolle comme j'en ai toujours rêvé (même des années après). Il avait le corps en plastique, il n'était pas aussi doux ni aussi parfumé qu'une poupée Corolle, les finitions de ses yeux bleus (qui se fermaient) n'étaient pas aussi abouties.

Il était rigide.

Un peu trop dur.

Un peu trop orange.

Mais c'était mon bébé. Mon tout petit à moi. J'étais sa maman, il était mon baigneur, mon poupon, mon enfant, mon bébé. Je l'ai aimé tout de suite

Je l'ai baptisé Benoît, comme le cousin que je venais d'avoir.

Je le trimbalais partout, au parc, dans les magasins, à la messe du dimanche, en balade. Quand ma mère venait nous chercher après l'école avec le goûter de 16 heures, elle avait pour instruction d'amener aussi mon poupon. Il m'attendait assis sur les sièges de la Volvo break, je le saisissais, je le serrais contre moi. L'école était finie, je pouvais manger mes tartines de confiture maison et redevenir une petite fille silencieuse. Je pouvais aussi redevenir la maman de mon poupon, et ça, c'était essentiel.

Je dormais avec lui et souvent, avant de sombrer dans le sommeil, je priais fort fort fort pour qu'il se transforme en véritable bébé durant la nuit. De la même manière qu'il m'arrivait de prier Dieu qu'il envoie un autre bébé dans le ventre de ma mère.

Ma mère n'a jamais eu ce cinquième enfant dont je rêvais, et Benoît ne s'est, bien évidemment, jamais transformé en vrai bébé.

Il m'a suivie partout, en vacances, à la piscine, dans les ruisseaux gelés, dans les restaurants, le jardin de mes grands-parents, les chapelles silencieuses. C'était Miléna et son baigneur, le baigneur de Miléna, tout le temps, partout.

Un jour je suis allée à l'anniversaire de Céline. Céline, elle vivait dans une grande maison, avec piscine, jardin immense, piano à queue, chambres innombrables. Et une salle de jeux. Une salle de jeux remplie de poupées Corolle et d'accessoires blancs, doux, vaporeux. Une salle comme je n'imaginais même pas que cela puisse exister.

On nous avait demandé d'amener nos poupées si on le souhaitait, alors j'avais emmené Benoît. Avec tendresse, je l'ai posé dans un des petits couffins blancs qu'il y avait dans la salle et je l'ai recouvert d'un drap de mousseline. J'étais heureuse de voir mon bébé dans de si jolis draps, chez moi le couffin était plus modeste et les couvertures étaient confectionnées de carrés crochetés par une amie de ma mère. Un berceau beaucoup plus rustique.

Céline est venue voir ce que je faisais dans mon coin. Elle s'est approchée de nous et s'est penchée au dessus du couffin. Je me disais qu'elle allait sans doute s'extasier avec moi devant mon "nouveau-né" paisiblement endormi.

Que nenni.

Elle a plissé son nez, tout le poids de son corps s'est affaissé sur un seul de ses pieds, comme si elle était dépassée par tant de perplexité et sans même me regarder elle a demandé "mais c'est quoi ce truc moche ?".

Et elle a viré Benoît.

Sans préavis.

Truc moche.

Elle l'a jeté sur un matelas posé au sol juste à côté, et elle a placé une de ses Corolle à sa place. Son nez est redevenu lisse, elle s'est à nouveau campée sur ses deux pieds et elle a prononcé d'un air satisfait "ah voilà, là c'est bien".

Je crois qu'elle n'a pas compris pourquoi je me penchais avec toute la tendresse dont j'étais capable et toute la tristesse du monde vers le poupon rejeté pour le soulever avec amour. Je l'ai serré contre moi et je me suis éloignée.

Céline m'a regardée faire comme si j'étais dingue.

Cet épisode m'a marquée, comme vous pouvez le voir (sinon je ne m'en souviendrais pas, et je ne le raconterais pas ici). Mais il m'a appris deux choses : blessée, triste, touchée par les paroles de Céline, j'ai serré mon bébé contre moi et je me suis jurée que j'aimerais mes enfants envers et contre tout. Dès la première seconde.

Et quatre fois, je suis tombée en amour

La deuxième chose que cet épisode m'a apprises, c'est que les blessures d'enfant ne sont jamais anodines. A nous adultes, avec nos raisonnements, nos histoires, nos cicatrices plus ou moins bien fermées, plus ou moins encore sensibles, la mise en abîme est possible. On relativise.On minimise. Parce qu'on nous a appris à le faire.

"C'est pas grave", "ça ne sert à rien de pleurer", "tu en verras d'autres", "c'est rien ça", "arrête ton cinéma".

Si, c'est grave. Si, ça mérite d'être entendu. Si, ça mérite d'être consolé.

Des histoires comme ça, on se les trimbale parfois toute la vie. Sans même le savoir.

C'était grave ce que tu as fait Céline, c'était grave pour moi, pour la petite fille que j'étais. Avec le recul, ça m'a sans doute poussée à garder mes écoutilles toujours ouvertes pour mes enfants, pour leurs petites et grandes histoires.

Rien n'est anodin si pour l'enfant ça ne l'est pas.

Toute émotion mérite d'être entendue.

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Je vais avoir quarante ans demain, et je le vis moyennement bien

par La journaliste IT pink & green

Je vais avoir quarante ans demain, et je le vis moyennement bien

Je sais, l'âge c'est dans la tête et moi dans ma tête j'ai toujours 23 ans.

Je sais, l'âge ce n'est pas si important que ça, on n'a pas l'âge de nos artères mais plutôt de nos passions, de nos pulsions, de nos vibrations, et moi je vibre comme une enfant.

Je sais, le monde ne s'écroulera pas, je n'aurai pas plus de rides du jour au lendemain, ça ne changera rien à mon quotidien, ça se passera bien.

Comble d'ironie, on ne me le donne pas, mon âge. On me dit régulièrement que je ne les fais pas mes presque 40.

Alors pourquoi faire une petite fixette sur ce passage ? Les 20 ans, je ne les ai pas sentis passer. Les 30 ans, guère plus. J'étais enceinte de ma deuxième fille et c'est avec sérénité et même joie que j'ai troqué le 2 contre le 3.

Mais le 4.

Gloups.

40 ans pour moi, c'est l'âge de ma mère.

Ma mère, elle aura toujours 40 ans pour moi. Peut-être parce que je me rappelle de sa quarantaine mieux que de sa trentaine (forcément, j'avais trois ans), et que je suis restée bloquée dessus. Ma jolie maman aux yeux bleus.

Mais non, ma mère aura 68 ans dans quelques mois.

Et demain, c'est bien moi (et mon frère jumeau) qui souffleront 40 bougies.

40, berdol.

J'ai juste pas envie.

Mais sans doute que dimanche, je n'y penserai même plus, lorsque je fêterai ça dans le jardin, sous le soleil, à l'ombre des lilas, entourée des miens, mes quatre enfants, mon amoureux, mon frère, ma nièce.

(N'empêche, 40 ans quoi)

(Ok j'arrête).

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Te regarder dormir et halluciner

par La journaliste IT pink & green

Te regarder dormir et halluciner

Ah le sommeil des bébés, ce petit ingrédient si indispensable au sommeil, au bien-être et même à la santé mentale des parents.

De mes quatre enfants, seule mon aînée m'a fait connaître les nuits chaotiques. On a vécu près de sept mois vraiment très difficiles, avec un bébé qui se réveillait toutes les heures, ne distinguait pas le jour de la nuit et passait son temps scotchée au sein. Pour tout dire, si j'avais dû m'arrêter à ça (et à la grossesse difficile qui a précédé) j'aurais dû m'en tenir là, et ne pas avoir d'autres enfants. Les nuits pourries, ça rend dingue et ça ne donne pas envie de remettre le couvert.

Oui mais voilà. L'envie est plus grande que la perspective de l'épuisement parfois, alors on remet ça. Malgré tout.

Psychologiquement, je m'étais préparée à revivre les nuits atroces avec réveils intempestifs, pleurs, bébé glue. J'avais préparé le lit en cododo, la veilleuse, les coussins pour se caler.

Et.

Non.

Elle a dormi.

Tout de suite.

Dès sa naissance, ma cadette a fait des nuits de folie, n'a jamais tété la nuit et - truc de dingue - ne voulait même pas dormir à côté de moi (le truc presque frustrant). Je la "gênais" clairement dans son sommeil. Alors elle a intégré sa chambre quasiment tout de suite après sa naissance.

Mes deux fils sont des bébés fabriqués sur le même modèle que ma cadette. La nuit, on dort ! Ne me demandez pas la recette, je n'en ai pas, tout au plus suis-je moi-même plus zen, sans aucun doute possible. Est-ce que ça transparaît sur eux ? Je l'ignore.

Et puis ils sont nés plus près du terme alors que ma grande avait quatre semaines d'avance. Est-ce que cela joue ? Là encore, je n'en sais fichtre rien.

Mais ça fait du bien.

Et ça me fait halluciner.

Oui même après trois enfants qui dorment bien je ne suis pas blasée, pas habituée. Pour moi un bébé qui se réveille la nuit, ça reste normal. Un bébé qui dort la nuit, c'est extraordinaire. Alors vous pensez bien, trois bébé qui dorment dès la naissance, ça tient de la science-fiction (à croire que mon aînée m'a vraiment marquée, haha).

Depuis trois mois et demi, je contemple encore tous les soirs mon petit Maître Zen endormi à 20 h au plus tard, et j'hallucine, vraiment. Je trouve ça extraordinaire ce petit être de quelques heures, de quelques jours, de quelques semaines maintenant qui SAIT que c'est la nuit et que la nuit c'est fait pour DORMIR.

D'où le tient-il ?

Où est-il donc ce mystérieux marchand de sable si ponctuel ?

Sur quoi l'horloge de son petit cerveau se base-t-il pour se réguler si parfaitement ?

La lune, les étoiles, le pyjama que je lui mets le soir, cette dernière tétée avalée goulûment, les bruits de la nuit qui remplacent à pas feutrés ceux du jour ?

Mystère !

Peu importe, je savoure.

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Calendrier coréen {bis}

par La journaliste IT pink & green

Calendrier coréen {bis}

Je sais, je me répète, mais que voulez-vous, c'est ma petite fixette à moi. La date de début de grossesse reste, pour moi, un événement presque aussi important que celui de la naissance, et je garde précieusement en tête les quatre jours, mois, années qui ont marqué l'entrée de mes enfants dans ma vie, dans nos vies.

Ca fait donc un an qu'il s'est installé, tout en douceur, dans l'espoir et la discrétion, une poignée de semaines après mon passage chez une gynécologue quelque peu désuète (et sans appareil échographique en état de marche) qui m'avait juste donné une feuille où noter religieusement ma température.

Chose que j'ai faite (mais sur mon téléphone).

Il est venu, je me souviens quand, dans notre ancien appartement, dans notre chaleur, dans le printemps qui s'installait un peu plus tôt l'an dernier, dans la joie et le salon baigné de soleil.

Et puis il est né ici, gravant de manière indélébile nos mémoires et tous les automnes à venir, baptisant pour toujours cette maison, ce sol gris clair de la salle à manger que nous avons, depuis, transformé en salon. M'offrant, aussi, une confiance nouvelle et indestructible en moi-même, en mon corps, en la vie.

D'un printemps à un automne, d'un salon à l'autre, la boucle est bouclée. Une merveilleuse année passée à ses côtés ma foi.

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Celui qui avait eu trois mois

par La journaliste IT pink & green

Celui qui avait eu trois mois

Trois mois dans une faille spatio-temporelle même, puisqu'il est né un 29 et qu'il n'y a pas eu de 29 février. Mais oui, il a bien eu ses trois petits mois. Déjà. Ou seulement. Ou les deux.

Il pousse bien, il est sage, il dort la nuit, il est très observateur et interagit beaucoup avec nous. Il est tonique, bavouilleur et doux. Il est souriant, il a souvent le hoquet et il est capable de faire preuve de beaucoup de détermination (entêtement ?) quand il veut attraper quelque chose. Il mange ses poings mais refuse la tétine et n'a pas adopté de doudou (pas de surprise, c'était pareil pour mes trois autres enfants).

C'est un bébé facile comme on dit. La vie est bien jolie avec lui.

Dans deux jours cela fera un an qu'il est entré dans nos vies.

Un an.

C'était comment avant ?

Happy 3 mon Maitre zen que j'aime !

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"Mais t'as pas paniqué ?"

par La journaliste IT pink & green

"Mais t'as pas paniqué ?"

C'est la question que les gens me posent le plus souvent lorsqu'ils apprennent que j'ai accouché de mon fils sans aucune aide, sur le plancher de ma salle à manger (lire Entre mes mains ~ La naissance extraordinaire de Ruben).

Suivie, très souvent, par une autre question, concernant le cordon ombilical cette fois, et sur laquelle je reviendrai plus tard.

"Mais t'as pas paniqué ? Oh là là, j'aurais été terrorisé à ta place, je n'aurais pas su quoi faire".

Et bien.

Non.

En tout simplicité et en toute honnêteté, à aucun moment l'ombre de la moindre petite panique ou même de peur n'a plané sur ma tête. Je n'ai pas paniqué.

Déjà, parce que je n'en ai pas eu le temps, tout bonnement. Sept minutes entre un réveil et une naissance, trois contractions puissantes, quelques phrases échangées avec mon amoureux, ça laisse vraiment peu de place à la panique.

Mais surtout, lorsque j'ai accouché j'ai quitté le mode cérébral pour me brancher sur le mode instinctif, animal, physiologique. Je n'ai pas réfléchi, calculé, prévu. Je n'ai pas préparé mes gestes. Mon corps est tombé à quatre pattes puis à genoux quand il le fallait, mes mains se sont placées au bon endroit pour vérifier en un quart de seconde ce qui se passait et aussitôt accompagner la sortie en fusée de mon enfant, mes doigts ont agrippé son petit corps chaud et humide sans hésiter une seule seconde, avec tendresse et fermeté, avant de le poser contre mon coeur.

Je n'ai pas non plus paniqué en écoutant son gargouillis qui disait adieu à la vie aquatique et victoire à la vie aérienne. J'ai regardé sa couleur changer, j'ai aspiré sa chaleur en lui donnant la mienne, j'ai écouté son cri, j'ai senti son corps se détendre et sa respiration s'installer tandis qu'il s'endormait contre mon sein.

C'est comme si tout mon corps savait.

Connaissait.

Re-connaissait.

Ca s'est déroulé le plus simplement et le plus calmement du monde. Rapide mais serein. Comme si j'avais déjà fait ça mille fois. Comme si mon corps connaissait par coeur toutes les histoires de toutes les naissances de l'humanité et ne faisait que rejouer une pièce connue sur le bout des doigts.

Ma propre histoire joue très certainement aussi un rôle dans le déroulement de cet accouchement. Tous mes enfants sont nés très vite et durant ma dernière grossesse mes amies se plaisaient à me taquiner : "Oh le prochain tu vas le faire chez toi ou dans la voiture, c'est sûr !". Je répondais que non non, je guetterais vraiment le moindre petit signe et je me mettrais en route tout de suite, mais dans un coin de ma tête, oui je dois bien le dire, cette éventualité me paraissait tout à fait possible. J'y pensais souvent. Sans que cela me fasse paniquer pour autant, d'ailleurs.

Au contraire.

Je me suis toujours dit que les choses étaient bien comme elles étaient et que de toute manière ce fils naîtrait exactement comme il devait naître, et à l'endroit où il devait naître.

J'étais, j'ai toujours été animée d'une grande confiance.

Je regrette presque que les pompiers soient arrivés peu après et qu'ils nous aient emmenés pour quelques heures à la maternité. Même si je sais que c'était la bonne chose à faire. J'étais là, assise par terre dans la salle à manger, me sentant bien, mon fils endormi contre moi, mais j'ignorais totalement si la quantité de sang que je perdais était normale ou pas. Visiblement oui (je le saurai pour la prochaine fois Aha) mais j'étais une mère de quatre enfants désormais, sur le sol, et je ne voulais pas passer à côté de quelque chose qui aurait pu les priver de cette mère (mon cerveau avait recommencé à fonctionner et raisonner, je crois).

Beaucoup de personnes m'ont aussi demandé (avec un soupçon d'inquiétude dans la voix) ce qu'on avait fait du cordon ombilical, comment on l'a coupé, si on n'a pas paniqué à ce sujet... J'avoue avoir été surprise par le nombre de questions à ce sujet (jusqu'à ce que mon boulanger me demande "mais le bébé ne peut pas se vider totalement de son sang si on ne coupe pas tout de suite ?" Ahem) parce qu'il n'y a pas d'urgence à couper le cordon, normalement (au contraire, c'est mieux de le laisser battre afin que le sang retourne au maximum vers le bébé).

Je vais vous faire un autre aveu : quand notre petit Maitre Zen est né, on n'a absolument pas pensé au cordon ! Au bout de quelques minutes, il était devenu clair, blanc un peu jaune, vide et froid. Je sentais sa froideur sur ma cuisse. Je me suis juste dit que tout allait bien. Que le cordon avait fini d'accomplir son rôle.

Qui l'a coupé au final ?

Et bien je voulais le faire, pour une fois. Mais étant donné que j'avais géré cette naissance seule (physiquement parlant, j'entends), lorsque la sage-femme arrivée chez nous m'a tendu les ciseaux, je lui ai dit que c'est le papa qui allait le faire. Comme pour notre premier fils.

Je suis sortie de cette naissance grandie, forte, un peu étonnée, un peu chamboulée, heureuse, fière, la confiance gonflée à bloc.

I did it !

Et je dois bien dire que si j'avais un cinquième, je n'envisagerais même plus d'accoucher autrement que chez moi !

"Mais t'as pas paniqué ?"

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Arnaque à l'allaitement

par La journaliste IT pink & green

Arnaque à l'allaitement

On peut lire un peu partout que l'allaitement est bon non seulement pour le bébé, mais aussi pour la mère allaitante. Il la protégerait du cancer du sein, jouerait sur la rapidité d'endormissement, diminuerait les risques d'ostéoporose et - tadaaaam ! - faciliterait la perte de poids après la grossesse et l'accouchement.

Alors là je m'insurge. Il y a arnaque. Non parce que moi quand j'allaite, non seulement je ne maigris pas, mais je grossis.

Déjà, j'ai faim.

Très faim.

Tout le temps. Ou presque. Le jour, la nuit, je crève la dalle. Quand je dégaine le sein n'en parlons pas, cela exacerbe encore plus cette sensation que je vais décéder du syndrome de l'estomac vide. Je mangerais un cheval, toute végétarienne que je suis (je précise que ça n'a aucun lien avec mon régime alimentaire, j'éprouvais exactement les mêmes sensations quand j'allaitais mes filles - et je consommais de la viande).

Mais la faim n'explique pas tout. Lorsque j'allaite (surtout en exclusif), j'ai l'impression que mon corps se met en mode réserve, en mode survie presque. Il stocke. Au cas où, tu comprends. Une sorte de mécanisme archaïque qui doit dater de la préhistoire ou des disettes en période de guerre. Un pétard de mécanisme hormono-psycholo-lipido dépendant qui fait que non, je ne peux pas maigrir d'un gramme quand j'allaite.

Alors je gonfle à vue d'oeil avant de me stabiliser, un peu comme une bonne grosse brioche chaude et dorée.

Et j'ai beau tenter de limiter la casse, rien n'y fait. Ces deux dernières semaines par exemple, j'ai décidé de "faire attention". Pas de régime drastique, juste réduire un peu les féculents et surtout bannir tout grignotage et toute boisson sucrée. De bonnes résolutions qui me font, en temps normal, perdre quelques kilos assez rapidement. Et bien là, bilan des deux semaines : j'ai perdu 400 grammes. Oui madame, 400 pauvres grammes perdus au prix d'efforts assez importants (vu comme je suis affamée en permanence). 400 grammes aussitôt repris et même doublement repris quand j'ai interrompu mes efforts (découragée, avouons le, par la médiocrité des résultats). Toujours ce pétard de mécanisme hormono-psycholo-lipido dépendant qui semble s'être emballé lorsque j'ai tenté d'endiguer un peu les choses (genre, le corps qui se dit "oh là là, on n'a plus notre dose de calories journalières, vite stockons le peu qui entre dans l'organisme, c'est pour le bébé. Au cas où ça empire").

Au cas où.

Un "au cas où" dans lequel je baigne durant tout l'allaitement et qui bloque complètement la perte de poids.

"Au cas où" (ce serait encore la guerre / les mammouths ressuscitent / il lui prenait d'entamer un vrai régime).

Fin bref...

Allaiter ou maigrir, il faut choisir. C'est pas fun, mais c'est comme ça, en tout cas pour moi. Quand je lis des études qui racontent que les mères ayant un large fessier font des enfants plus intelligents, tout ça pour une histoire de myéline plus fournie, je me dis qu'au moins mes enfants se fabriquent des gaines de myéline de compét. Dignes des câbles de fibre optique qui traverse l'Atlantique, dis donc.

Autant le prendre avec philosophie, non ? Et bienveillance aussi. On n'en a jamais assez vis à vis de soi-même.

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Et sa main à elle

par La journaliste IT pink & green

Et sa main à elle

Elle l'appelle petit chou à la crème, petit abricot tout doux, glace à la vanille, Ruben à la rhubarbe.

Elle le prend avec délicatesse, le porte, le berce, lui parle, lui chante.

S'émerveille d'une petite main qui sert son index et d'une fossette qui se creuse toujours au même endroit quand elle lui parle.

Elle lui raconte la mer qu'il verra un jour, le soleil, le fromage qu'il aimera autant qu'elle, les pizzas, l'école, le chinois, les jeux, les bleus, les difficultés et les bonheurs de la vie qu'il connaîtra comme elle.

Elle lui raconte encore le vélo, le jardin, les framboises qu'ils mangeront ensemble, la piscine, les bonhommes de neige, les flocons qu'on mange et les flaques d'eau dans lesquelles ils sauteront.

Elle lui raconte elle, lui, nous.

Et sa main à elle.

Qui sera là.

Elle lui caresse les cheveux, lui dit qu'elle l'aime, qu'il est beau, qu'il est à elle, qu'elle sera toujours là.

Elle est toujours là, d'ailleurs. Quand j'ai besoin de deux bras et d'un coeur pour le soulever avec tendresse pendant que je cuisine ou que je file sous la douche.

Je peux compter sur elle.

Elle qui l'aime.

Volubile et tendre.

Les mains dans les épluchures de carottes je les écoute avec passion.

D'un doigt orange, discrètement, j'écrase une larme sur ma joue.

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Deux mois avec nous

par La journaliste IT pink & green

Deux mois avec nous

Il a eu deux mois cette nuit, deux mois déjà qu'il est né comme une petite fusée, deux mois qu'il a gargouillé entre mes mains, hésitant un instant entre la vie aquatique et la vie aérienne avant de pousser un cri de victoire et s'endormir immédiatement et paisiblement contre mon coeur.

Deux petits mois et déjà une personnalité bien dessinée. Bien douce à vivre, aussi, il faut le dire.

~ Il est zen, déjà. Son surnom, donné sur une intuition et une jolie rime, lui correspond parfaitement. Ruben maître zen, le calme, le dormeur, l'observateur.

~ Il dort bien. Très bien même. Je sais que c'est une chance, je la mesure à sa juste valeur. Il aime dormir contre nous, mais il y a des moments où il préfère que je le laisse dans son lit à lui, seul avec la petite couverture douce et chaude que je lui ai confectionnée. Je le vois à sa manière de se tortiller et de me pousser avec ses petits poings. Il me rappelle sa soeur, ma deuxième fille, elle était pareille (sauf que elle, c'était quasiment exclusivement seule qu'elle souhaitait dormir). J'ai rapidement compris son souhait grâce à mes souvenirs de maman.

Alors je le pose, je lui caresse la tête, je le couvre.

Il dort déjà.

Je m'éclipse.

Bonheur de voir qu'il a déjà en lui cette confiance qui lui permet de trouver son sommeil et d'en profiter pleinement sans un pleur, sans un cri. Sans une peur.

~ J'ignore combien il pèse et combien il mesure, mais il remplit bien ses vêtements, il s'allonge, je le sens plus lourd et sur les photos on voit bien qu'il grossit. Donc tout va bien.

~ Il est bruyant, oui oui ! Non pas par les cris ou les pleurs, il ne pleure quasiment pas, mais dans son sommeil il grince, il grogne, il miaule, il soupire, c'est hallucinant les sons qu'il peut produire alors qu'il dort profondément.

~ Bizarrement, alors qu'il est allaité il a toujours besoin de faire un rot après la tétée. Au début ça m'angoissait un peu, je guettais ce petit retour d'air pour le soulever, j'avais un peu peur qu'il s'étouffe (j'ai pas l'habitude moi, je pensais que les bébés allaités ne rotaient pas ou si peu - comme mes aînés). Maintenant ça va mieux, je sais qu'il gère assez bien et je reconnais facilement les bruits indiquant qu'il faut vraiment le soulever.

~ Il est observateur et c'est un bébé qui vit énormément dans l'interaction avec les autres. Il suit des yeux, cherche du regard, sourit, rit, tente de parler, sort un areuh ou un rire qui le surprend lui-même avant de continuer. Il se concentre tellement que ça lui fait gonfler le nez. Je lui dis "oh tu fais les grosses narines, tu as quelque chose à dire". Alors il rit. Il comprend tout semble-t-il, je sais que c'est bateau de dire ça, mais vraiment c'est ce que je ressens, ce que je vois.

~ Il a les sens très développés je trouve, pour un bébé si jeune. Il cherche beaucoup à toucher ce qu'il voit, y compris (surtout) les visages, et il y arrive. Il dirige déjà tellement bien ses petites mains ! Alors je m'approche de lui pour qu'il puisse atteindre mon visage, il me touche avec une délicatesse assez surprenante. Il est sensible aux sons aussi, et à la musique. Il adore quand je lui chante une berceuse, il essaie d'émettre lui aussi des petits sons.

~ C'est aussi un bébé qui évolue dans une osmose très intense avec moi. J'ignore si c'est sa naissance si particulière, vécue à deux finalement, qui a renforcé le lien entre nous, mais il y a "quelque chose" de très particulier entre ce bébé et moi. Comme si on vivait sur la même longueur d'onde, dans la même vibration.

De mon côté, cela s'exprime par une grande sensibilité à ce qu'il ressent, vit, souhaite. Je "sens" ses besoins de manière très forte, c'est comme s'il me parlait, je comprends tout de son fonctionnement. Il n'y a pas de mystères insolubles, si quelque chose le tracasse ou au contraire le met en joie, je me branche sur lui et je comprends.

De son côté, si je suis énervée ou agacée, il le sent et il réagit immédiatement en se mettant au diapason de mon humeur. Il s'énerve lui aussi. Et si au contraire je suis sereine, calme, joyeuse, il réagit de la même manière que moi. On communique, on échange, on partage le même univers vibratoire en quelque sorte.

Il y a un côté magique à la chose.

Ruben, petit miroir de mon état intérieur.

Quand je suis stressée, tendue ou agacée, Ruben m'encourage à puiser en moi les ressources et la force nécessaire pour retrouver mon calme. Et SON calme à lui. Par ricochet.

Alors je plonge au fond de moi, dans ce lac de sérénité dont j'ai appris l'existence, et j'en ressors nouvelle, fraîche, calme.

Il se calme instantanément.

Le reflet qu'il me renvoie de moi-même me pousse à gagner toujours plus de sérénité. Avec lui, je grignote de la paix, je grossis ma zénitude, je nage en eaux troubles et en eaux calmes avec la même quiétude.

J'ai avalé un moine bouddhiste !

Décidément, il ne l'a pas volé son surnom.

C'est un Maître, un véritable Maître Zen.

Et moi j'apprends.

Happy 2 mon petit Maître zen !

Deux mois avec nous
Deux mois avec nous
Deux mois avec nous
Deux mois avec nous

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Comme un champignon

par La journaliste IT pink & green

Comme un champignon

Il faut croire qu'au cours des premières semaines, les bébés continuent à pousser presque sur le même rythme de croisière que lorsqu'ils évoluaient in utero. La vitesse de croissance est hallucinante, les changements quotidiens, les évolutions fascinantes.

Mon petit Maître zen aura deux mois dans trois petits jours. Deux mois, c'est peu dans une vie, deux mois , c'est énorme à l'échelle d'une petite vie qui vient de démarrer.

La tête a dû prendre quelques centimètres de circonférence, les cils se sont déployés et ont poussé, le grain de peau s'est affiné, le regard est devenu observateur et insistant, les sourires, les rires, les mimiques et les tentatives de areuh se sont multipliés.

Les petits doigts ne ressemblent plus à des crevettes roses et fripées, ils sont devenus diaphanes, doux, presque potelés.

Les cuisses se sont rembourrées, le ventre s'est arrondi, les bras se sont allongés et le menton s'est dédoublé.

Les jambes se sont musclées et appuient fort fort fort pour déjà faire des bonds de zébulon quand il est dans mes bras.

Les pieds semblent si minuscules même s'ils sont longs, mais ils ont dû grossir sans qu'on s'en aperçoive, ils remplissent désormais chaussettes et collants.

Même le nez semble plus grand, pourtant un peu perdu entre les deux joues rondes comme deux petites pommes.

Les gestes sont plus sûrs, le caractère se dessine de jour en jour et les relations se tissent avec chacun des membres de la famille, maman indispensable qui sent le lait, papa câlin aux grandes mains, soeur aînée qui porte beaucoup, grande soeur qui rigole et qui lui a inventé une chanson (comme elle l'avait fait pour le Petit Roi), grand frère si attentionné et si doux.

On a changé les vêtements, évidemment. Le naissance, le un mois sont remisés au placard depuis longtemps. Le trois mois se fait étroit. Déjà. D'ailleurs le big fail de ces derniers jours c'est de lui avoir fait les soldes en trois mois et de m'apercevoir que tout est beaucoup trop juste. Il a fallu tout échanger.

C'est la période champignon atomique, une période pas très rentable au niveau des vêtements, mais tellement fascinante à observer.

Comme un champignon
Comme un champignon
Comme un champignon
Comme un champignon

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