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Je suis entrée dans une église et j'ai eu envie de danser

par La journaliste IT pink & green

Je suis entrée dans une église et j'ai eu envie de danser

J'ai commencé ce billet il y a plus de deux ans. Et puis je l'ai perdu lors de la mise à jour d'overblog. J'ai un peu ragé, parce que j'y tenais, puis je l'ai repris. Il fait partie des billets que je rédige en cinq, dix, vingt fois. Que je reprends, que je laisse dormir, que je relis, que je corrige, que j'enrichis. Que je ne publie jamais, parfois. Avec lesquels je grandis, aussi.

C'était donc fin décembre 2011. Je suis entrée dans la cathédrale un peu après Noël afin d'y admirer la grande crèche que j'avais vu l'année précédente, alors enceinte de mon fils. Là il avait six mois, et de ses yeux grands ouverts il regardait les lumières, les bougies, les ombres et les guirlandes qui clignotaient.

J'avais pris mon Nikon pour photographier la crèche et le sapin, mais aussi la voûte, les colonnes et l'immense croix suspendue au dessus de l'autel. J'arpentais le sol marbré qui résonnait d'un bruit si familier sous mes talons, le cri de la pierre qui vibre dans la cage thoracique d'une église. Bruit mille fois entendu sous mes souliers de petite fille, de femme, de mère, de chrétienne. L'odeur froide de l'encens, de la cire et du bois vieilli chatouillait mes narines comme un parfum d'enfance un peu mélancolique. L'écho, l'encens, les bougies, les craquements des vieux bancs d'église, l'eau froide dans laquelle j'avais machinalement trempé mes doigts, les couleurs dessinées sur le sol par la lumière qui traversait les vitraux, autant de choses si familières, si connues, si semblables à elles-même à travers mes années de vie, à travers des siècles de chrétienté.

Mais je pris conscience d'une chose très étrange. Au milieu de cet endroit si habituel à mon esprit, je me sentais... différente. Je n'aurais su dire pourquoi ni exactement comment. La cathédrale elle aussi était différente, mais je ne parvenais pas à mettre des mots sur mes impressions ni à expliquer d'où venait ce sentiment. Je regardais mon fils qui m'observait en souriant, mais il ne s'agissait pas uniquement du bonheur de le voir gazouiller là. Je regardais aussi à travers mon objectif. Cadeau de Noël, un fisheye. Je commençais à entrevoir un début d'explication. La voûte, déformée par l'oeil de poisson, prenait des allures d'infini. Ma vision filait dans tous les coins, embrassant d'un seul coup d'oeil le toit, les colonnes, les portes, l'autel, le sol même. Si je bougeais un peu mon objectif, je pouvais même voir mes pieds en même temps que le reste de la cathédrale.

Mes pieds.

Je compris soudain : j'avais envie de danser.

L'image qui me vint immédiatement à l'esprit ce fut celle de John Cage dans Ally McBeal, dansant sans complexe face au miroir des toilettes communes sur My first, my last, my everything de Barry White. Oui, j'avais envie de danser comme John Cage, là, face à l'autel et à la crèche, dans la lumière des vitraux et le silence trop solennel. En vérité, si du Barry White avait retenti à cet instant là dans la cathédrale, je me serais mise à me déhancher avec bonheur. Et croyez moi, cette idée qui germait spontanément et gaiement dans mon crâne était des plus surprenantes venant de moi.

Mais pourquoi ? Quel était donc cette émotion qui m'envahissait alors qu'une autre me quittait définitivement ?

Je n'avais plus peur. Tout simplement. Tout ce que je ressentais auparavant, la crainte de mal faire, la culpabilité d'avoir mal fait, la peur d'être punie ou même damnée, l'obligation de respecter la solennité (triste) d'une église, le recueillement servile, la déférence craintive, tout cela s'était envolé, dissout, pulvérisé. C'était même parti depuis des semaines, mais je n'en prenais conscience qu'au sein de la gigantesque cathédrale que je n'avais pas visitée depuis longtemps.

Le vide laissé par la peur avait été comblé par la joie et par une paix si profondes que je ne pouvais pas en apercevoir le fond dans le puits de mon âme. Croire en Dieu ça fait peur. Savoir Dieu, ça fait danser. I mean really, when you really sit and think about it, isn't it really, really nice. Nobody but you an me comme le chante Barry White.

Quelques semaines après je suis entrée dans l'église des Saintes Maries de la Mer pour y admirer la Vierge noire. Ma fille aînée m'a alors posé une question très étrange, elle m'a demandé "pourquoi c'est toujours triste une église". L'ancien moi, celui qui était prisonnier de tout un tas de croyances qu'on appelle "foi" se serait empressé de lui répondre que non non, ça n'est pas triste une église, c'est beau et toujours joyeux. Mais je n'étais plus la même, et ma fille avait raison. Les églises sont tristes de la culpabilité, de la peur et des ondes négatives qu'on y amène. Les pierres en sont imprégnées, le sol le crie, la lumière elle-même semble avoir été mise en veilleuse de crainte d'éclairer un peu trop violemment les paquets de souffrance, de doutes et de craintes qu'on y déverse. Evidemment je ne lui ai pas dit tout cela de cette manière, je lui ai juste dit que son impression était vraie mais qu'il n'appartenait qu'à elle et à chacun d'entre nous d'y apporter un peu de sa joie et un peu de sa lumière.

Voilà, ça fait deux ans que j'ai écrit ce billet et aujourd'hui je me dis que ce n'est peut-être pas un hasard si je l'ai perdu dans les méandres d'Overblog avant de le ressusciter. Ca peut paraître bête ou enfantin, mais tant pis : ce billet résonne chez moi avec certaines scènes que j'ai vues dans La reine des Neiges. Oui certains passages m'ont vraiment émue parce qu'ils parlaient de tout ça et de tout ce que j'ai appris au cours de ces quatre dernières années. "Mon âme s'exprime en dessinant et sculptant dans la glace et mes pensées sont des fleurs de cristal gelé. Je ne reviendrai pas, le passé est passé" chante Elsa en fabriquant une cathédrale magnifique grâce à ses pensées.

Une cathédrale ? Seriously ?

Non décidément, ça ne peut pas être un hasard.

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samsung galaxy S2 plus 29/03/2014 00:14

Merci pour cet article très instructif

Zaza 20/02/2014 19:40

Voilà un article que je n'aurais pas compris il y a quelques années, du temps où j'habitais les Alpes-Maritimes. Les églises, là-bas, sont minuscules. Celles que j'avais l'habitude de fréquenter étaient chaleureuses, même quand il y fait 10°C. La proximité entre le choeur et les bancs, les murs blanchis, la joie de vivre des paroissiens y étaient sans doute pour beaucoup. Au pays du bling-bling, les gens qui fréquentent les églises sont peu nombreux, mais fervents.
Depuis, j'ai déménagé dans le sud-ouest, là où les églises en briques se dressent pour asseoir leur puissance. Des églises construites pour mettre le point final à une croisade. Elles sont richement décorées, mais froides à mourir. Elles transpirent la tristesse.

Ginie 29/01/2014 10:22

En pleine préparation de notre messe de mariage, je t'ai lu avec comme image dans la tête, cette belle église où nous nous marions, qui, quand elle est bien éclairée, perd de sa froideur, apporte de la joie, me fait sourire sans que je m'en rende compte quand j'y vais pour la messe de Noël. Qui sait, dans quelques mois, je me retiendrai peut-être de danser en y entrant ;-)

annouchka 29/01/2014 09:46

Je ne suis pas pratiquante (malgré une éducation catholique) ni vraiment croyante d'ailleurs. Mais je ne me sens jamais aussi en sécurité que dans une église. Je ne trouve pas ça triste une église. Pour moi c'est le lieu où se réfugier quand ça ne va pas, quand on est tourmenté, quand on a du chagrin ou pour trouver la paix. Et toutes les églises ne dégagent pas la même chose. Le Sacré-Coeur par exemple, si on exempte son côté archi touristique, est une église magnifique, chaleureuse et très gaie. On s'y sent merveilleusement bien !

La Journaliste IT Pink & Green 29/01/2014 10:09

Oui je comprends ce que tu veux dire, c'est finalement très lié à nos histoires personnelles. J'ai beaucoup fréquenté les églises mais toujours dans un esprit de "prière / pénitence / ciel / enfer" et ça me détruisait à l'intérieur. Maintenant j'y vais avec la joie et la sérénité que j'ai acquises (sans la religion) et ça change tout.
Merci pour ton passage ici :).