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Et découvrir avec surprise la fleur de la graine qui fut plantée

par La journaliste IT pink & green

Et découvrir avec surprise la fleur de la graine qui fut plantée

Je lis et j'entends assez souvent des parents s'émouvoir et s’enorgueillir des similitudes de goûts ou de comportement de leur progéniture avec leurs propres goûts et attitude. Par exemple, "mon fils qui danse sur - telle musique -, tout sa mère #fière". Je ne nie pas que lorsque ma fille aînée dessine divinement bien je ne souris pas devant cette particularité familiale qui semble se transmettre une fois de plus. Ou que lorsque ma cadette copie un peu le style vestimentaire ou capillaire de sa mère, ça ne m'émeut pas. Bien sûr que ça m'émeut, ça me fait rire aussi, je trouve ça drôle, touchant, fascinant. Mais je ne suis jamais autant émue que lorsque je découvre une divergence entre leur chemin et le mien. Une couleur, un vêtement, une passion, une lubie, un trait de caractère inconnu. Ma cadette qui superpose les tissus et les motifs sans complexes ou qui marie tutu noir et bottes de motard, mon aînée qui pose mille questions sur des sujets auxquels je ne me suis jamais particulièrement intéressée, les deux qui se déhanchent sur des musiques qui ne me parlent pas, La Princesse Mononoké qu'elles vont regarder pour le trois millionième fois alors que j'ai moyennement adhéré... Des choses futiles, mais des choses importantes aussi. Leur caractère qui se dessine, leur intérêt pour des choses qui ne m'ont jamais captivées, comme la vie des félins, ou au contraire leur désintérêt complet pour des choses qui me passionnaient quand j'étais enfant. Les poupées par exemple. Quand j'étais enfant, j'avais un poupon que j'avais baptisé Benoît (comme mon cousin) et que je trimbalais absolument partout, dans les magasins, au parc, à la messe. Si j'avais pu, je l'aurais emmené à l'école. Je le laissais dans la voiture et je le retrouvais avec bonheur aussitôt l'école fini. Je l'habillais, je le changeais, je dormais avec, je le prenais dans mon bain, je lui chantais des berceuses. Je crois que je rêvais secrètement qu'il se transforme en vrai bébé. J'étais déjà une petite maman. Mon rêve le plus cher à l'époque, c'étais d'avoir un poupon Corolle. Il y avait un petit magasin de poupées Corolle à côté de la boucherie où se rendait ma mère deux fois par semaine et je pouvais passer de longues minutes à admirer les poupons si parfaits, leurs vêtements si jolis et leurs cheveux si soyeux. J'aurais donné n'importe quoi pour en avoir un. Las, ces poupées n'étaient pas dans les moyens financiers de mes parents à l'époque. Je me contentais de mon baigneur que j'aimais d'amour et à qui je pardonnais son ventre en plastique alors que je voulais un bébé tout mou à câliner.

J'ai grandi, je me suis mariée, j'ai eu un bébé. Une fille. A laquelle je me suis jurée de d'offrir cette poupée que j'avais tant convoitée, excitée à l'idée de la voir y jouer avec un bonheur que j'imaginais béat. Elle a donc eu un poupon Corolle, un gros bébé rose, mou et parfumé comme j'en rêvais. Puis une poupée blonde, tout de rose vêtue. Puis une brune, avec une petite veste en velours rouge.

Eh bien mesdames et messieurs, elle les a superbement ignorés. Toutes les trois.

J'ai eu une deuxième fille. Même topo. Mes poupées rêvées étaient reléguées dans le coffre à jouet, abandonnées, dénigrées au profit de peluches de chats, de tigres et de léopards (le truc auquel je n'ai jamais joué). J'étais dépitée, je l'avoue. Mais je me suis rendue compte qu'en achetant ces poupées Corolle, je les offrais en quelque sorte à la petite fille que j'étais. Je cherchais à me guérir, tout en voulant épargner mes propres frustrations à mes filles. Mais mes filles ne sont pas moi.

Je sais, cette histoire peut sembler bien futile et bien anecdotique, mais elle est assez symptomatique de ce que je cherche à décrire. Finalement tant mieux si elles ont ignoré ces poupées. Avec le recul, je trouve ça chouette. Mes enfants ne sont pas moi, ils ne sont pas non plus des "mini-moi" (je déteste cette expression d'ailleurs) ils sont "eux". Un. Deux. Trois. Et à chaque fois que j'ai l'occasion de les découvrir un peu plus, je trépigne de joie et d'émotion.

D'ailleurs ma fille aînée change beaucoup en ce moment. Le collège et l'âge sont propices aux évolutions, forcément. Et les siennes se dessinent drôlement bien en ce moment, sur un autre chemin que le mien. Ca me met en joie de la voir sautiller gaiement sur son chemin à elle, sa casquette de gavroche vissée sur la tête. Je n'ai pas envie de l'influencer. Les goûts musicaux, vestimentaires et autres m'importent peu. Même les ambitions de carrière ne me semblent pas tant important que le respect de son propre chemin, de sa propre vérité. Les seules choses que j'espère lui avoir transmis c'est la joie de vivre, la confiance en elle et l'envie de découvrir les autres, le monde, elle-même. Je n'ai pas envie qu'elle corresponde à un reflet familiale, je lui souhaite, je souhaite à chacun de mes enfants qu'i devienne la fleur de la graine qui a été plantée.

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Sofia 20/11/2013 14:51

Superbe post !!! Oui moi je ne veux pas que ma fille marche sur mes pas, je veux qu'elle découvre des facettes de la vie que je n'ai pas exploré...j'utilise l'expression mini moi mais elle ne correspond pas à la définition que les gens emploient, ma définition est secrète et bien plus subtile....
E tout cas merci pour ce partage !!!