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Et c'était voulu ou... ?

par La journaliste IT pink & green

Et c'était voulu ou... ?

Cette question, je l'ai entendue pour le première fois samedi dernier, entre les mirabelles et le fromage frais du marché. Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, on ne me l'a jamais posée avant, ni pour mon fils ni pour ce bébé que j'attends.

C'était une femme, de mon âge je dirais, qui me la posait en fixant mon ventre des yeux tandis que mes enfants caressaient les biquettes et le petit bébé cochon noir qu'elle exhibait avec son mari en vendant des bonbons à la menthe.

La question ne m'a pas heurtée. Je l'ai trouvée indiscrète en vérité, mais au niveau des émotions elle m'a juste surprise. Le non désir, la grossesse inattendue, le dilemme, le choix. Ce sont des choses si éloignées de mon histoire voyez-vous. Mais comment aurait-elle pu le deviner, cette femme aux longs cheveux châtains délavés sur les pointes, à la dégaine un peu gitane et à la voix rauque ? Elle me regardait de ses yeux mordorés en arborant un air vraiment sincère et intrigué. Oui elle était intriguée par ma réponse.

Evidemment je n'avais pas envie de lui raconter mon histoire, mes blessures, mes espoirs et les chemins que j'empruntais depuis quatre ans d'un pas hésitant, puis assuré, puis joyeux.

Je ne la connaissais pas. Et puis sa question ne semblait pas attendre de longues explications. Juste un oui ou un non. Peut-être pour conjurer ses propres peurs ou ses propres espoirs. Qui sait ?

Je me suis contentée de baisser mes paupières sur mes secrets de femme et d'esquisser un sourire en murmurant un "oui, très".

J'ai repensé aux tempêtes de l'an dernier, au flux contre lequel je me suis un peu révoltée avant de me laisser porter, à cette étrange visite chez une gynécologue aussi obsolète que sa moquette sur les murs et à ce deuxième fils qui grandissait dans le creux et la colline de mon ventre, à la vue de tous, sans complexes.

Sa question ne m'a probablement pas blessée ni touchée parce que mon histoire est aux antipodes de ce type d'interrogation. Je ne me suis jamais demandée si je voulais de cet enfant ou pas, j'ai le sentiment de l'avoir désiré depuis toujours. J'ai l'impression qu'il a toujours été là, près de mon coeur, attendant le bon moment pour s'accrocher à moi. Oui même l'an dernier tandis que je faisais une fausse couche, j'ai la conviction qu'il faisait déjà partie de mon histoire dans le secret de mon coeur et de mon corps.

Je n'ai jamais eu peur de tomber enceinte, je n'ai jamais de sueurs froides à l'idée d'avoir du retard ou de découvrir une petite barre rose inattendue.

Mais si ça avait été le cas, comment aurais-je perçu une telle question ? Certaines interrogations sont comme des coups de poignard quand on n'est pas tout à fait dans l'acceptation de ce qui se passe dans sa vie, qu'il s'agisse de maternité qui se fait attendre, qui se pointe sans crier gare ou de toute autre chose. Mais je pense que les questions liées à la maternité peuvent se révéler particulièrement douloureuses. Elle nous parlent d'entrailles, de rêves et de transmission, ça ne peut guère laisser indifférent.

J'ai repensé à mes amies, celles à qui on a posé ce type de question parce que c'était le troisième ou le quatrième enfant, ou parce que c'était seulement le deuxième enfant mais rapproché du premier. Sur facebook et twitter les messages affluaient dans ce sens quand j'ai partagé mon expérience. Premier bébé, deuxième, cinquième... les gens ont toujours quelque chose à redire après tout !

J'ai surtout repensé à celles qui n'avaient pas de problème de fertilité - au contraire - et pour qui, oui, cette forme de maternité non planifiée, non rêvée, non attendue de longs mois pouvait représenter une forme de souffrance. Comme celle qui m'a un jour dit "Tu as de la chance, tes enfants tu les as attendus". Comment une telle question résonnerait-elle dans son cœur ?

Le compagnon de cette femme m'a ensuite expliqué qu'ils ont eu deux fils puis une fille et que c'était particulièrement difficiles en ce moment. D'où la question.

Comme quoi, cette jolie jeune femme faisait vraiment référence à sa propre histoire et à ses propres interrogations. Peut-être que sans le savoir je l'ai confortée dans sa décision. Ou au contraire ai-je ouvert une brèche qui ne demandait qu'à être ouverte.

Et c'était voulu ou... ?
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robot laveur de sol 03/09/2014 02:13

Un point de vue doux et inhabituel sur cette question, c'est bien agréable à lire :)

amandine 26/08/2014 08:57

Je viens de découvrir ton blog et j a-do-re !
Pour l anecdote quand j'étais enceinte du troisième en m à dit. "C est votre dernier je suppose " j ai répondu que oui oui après c est terminé. Et. La p'tite dame m à répondu : c'est aussi ce que je pensais puis finalement on en a eu un quatrième " .... bon pour le moment pas de quatrième en vue lol... qui sait.... parfois les gens nous disent des choses toutes banales mais qui nous marquent....

Marie Wolf 16/08/2014 13:52

Nous ne faisons jamais référence qu'à notre propre vie, qu'à nos expérience etc. ... ;-)
C'est une des questions que je suis capable de poser, pas pour heurter mais parce que j'aime connaitre l'histoire des gens et de leurs évènements. "Pourquoi x enfants? Vous le vivez comment?" etc. parce que j'ai grandi seule, parce que 1 me semble déjà trop alors comment vous faites à plusieurs, parce que les familles nombreuses m'attirent aussi...
<3

Vaallos 14/08/2014 15:19

Un point de vue doux et inhabituel sur cette question, c'est bien agréable à lire :)

Échos verts ❀ Natasha 14/08/2014 10:08

Quelle belle réflexion...