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"Mais t'as pas paniqué ?"

par La journaliste IT pink & green

"Mais t'as pas paniqué ?"

C'est la question que les gens me posent le plus souvent lorsqu'ils apprennent que j'ai accouché de mon fils sans aucune aide, sur le plancher de ma salle à manger (lire Entre mes mains ~ La naissance extraordinaire de Ruben).

Suivie, très souvent, par une autre question, concernant le cordon ombilical cette fois, et sur laquelle je reviendrai plus tard.

"Mais t'as pas paniqué ? Oh là là, j'aurais été terrorisé à ta place, je n'aurais pas su quoi faire".

Et bien.

Non.

En tout simplicité et en toute honnêteté, à aucun moment l'ombre de la moindre petite panique ou même de peur n'a plané sur ma tête. Je n'ai pas paniqué.

Déjà, parce que je n'en ai pas eu le temps, tout bonnement. Sept minutes entre un réveil et une naissance, trois contractions puissantes, quelques phrases échangées avec mon amoureux, ça laisse vraiment peu de place à la panique.

Mais surtout, lorsque j'ai accouché j'ai quitté le mode cérébral pour me brancher sur le mode instinctif, animal, physiologique. Je n'ai pas réfléchi, calculé, prévu. Je n'ai pas préparé mes gestes. Mon corps est tombé à quatre pattes puis à genoux quand il le fallait, mes mains se sont placées au bon endroit pour vérifier en un quart de seconde ce qui se passait et aussitôt accompagner la sortie en fusée de mon enfant, mes doigts ont agrippé son petit corps chaud et humide sans hésiter une seule seconde, avec tendresse et fermeté, avant de le poser contre mon coeur.

Je n'ai pas non plus paniqué en écoutant son gargouillis qui disait adieu à la vie aquatique et victoire à la vie aérienne. J'ai regardé sa couleur changer, j'ai aspiré sa chaleur en lui donnant la mienne, j'ai écouté son cri, j'ai senti son corps se détendre et sa respiration s'installer tandis qu'il s'endormait contre mon sein.

C'est comme si tout mon corps savait.

Connaissait.

Re-connaissait.

Ca s'est déroulé le plus simplement et le plus calmement du monde. Rapide mais serein. Comme si j'avais déjà fait ça mille fois. Comme si mon corps connaissait par coeur toutes les histoires de toutes les naissances de l'humanité et ne faisait que rejouer une pièce connue sur le bout des doigts.

Ma propre histoire joue très certainement aussi un rôle dans le déroulement de cet accouchement. Tous mes enfants sont nés très vite et durant ma dernière grossesse mes amies se plaisaient à me taquiner : "Oh le prochain tu vas le faire chez toi ou dans la voiture, c'est sûr !". Je répondais que non non, je guetterais vraiment le moindre petit signe et je me mettrais en route tout de suite, mais dans un coin de ma tête, oui je dois bien le dire, cette éventualité me paraissait tout à fait possible. J'y pensais souvent. Sans que cela me fasse paniquer pour autant, d'ailleurs.

Au contraire.

Je me suis toujours dit que les choses étaient bien comme elles étaient et que de toute manière ce fils naîtrait exactement comme il devait naître, et à l'endroit où il devait naître.

J'étais, j'ai toujours été animée d'une grande confiance.

Je regrette presque que les pompiers soient arrivés peu après et qu'ils nous aient emmenés pour quelques heures à la maternité. Même si je sais que c'était la bonne chose à faire. J'étais là, assise par terre dans la salle à manger, me sentant bien, mon fils endormi contre moi, mais j'ignorais totalement si la quantité de sang que je perdais était normale ou pas. Visiblement oui (je le saurai pour la prochaine fois Aha) mais j'étais une mère de quatre enfants désormais, sur le sol, et je ne voulais pas passer à côté de quelque chose qui aurait pu les priver de cette mère (mon cerveau avait recommencé à fonctionner et raisonner, je crois).

Beaucoup de personnes m'ont aussi demandé (avec un soupçon d'inquiétude dans la voix) ce qu'on avait fait du cordon ombilical, comment on l'a coupé, si on n'a pas paniqué à ce sujet... J'avoue avoir été surprise par le nombre de questions à ce sujet (jusqu'à ce que mon boulanger me demande "mais le bébé ne peut pas se vider totalement de son sang si on ne coupe pas tout de suite ?" Ahem) parce qu'il n'y a pas d'urgence à couper le cordon, normalement (au contraire, c'est mieux de le laisser battre afin que le sang retourne au maximum vers le bébé).

Je vais vous faire un autre aveu : quand notre petit Maitre Zen est né, on n'a absolument pas pensé au cordon ! Au bout de quelques minutes, il était devenu clair, blanc un peu jaune, vide et froid. Je sentais sa froideur sur ma cuisse. Je me suis juste dit que tout allait bien. Que le cordon avait fini d'accomplir son rôle.

Qui l'a coupé au final ?

Et bien je voulais le faire, pour une fois. Mais étant donné que j'avais géré cette naissance seule (physiquement parlant, j'entends), lorsque la sage-femme arrivée chez nous m'a tendu les ciseaux, je lui ai dit que c'est le papa qui allait le faire. Comme pour notre premier fils.

Je suis sortie de cette naissance grandie, forte, un peu étonnée, un peu chamboulée, heureuse, fière, la confiance gonflée à bloc.

I did it !

Et je dois bien dire que si j'avais un cinquième, je n'envisagerais même plus d'accoucher autrement que chez moi !

"Mais t'as pas paniqué ?"
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Choux roses 09/11/2015 19:38

C'est une jolie histoire. Et chapeau !
Tu n'as pas eu le temps d'avoir mal ?

Lorelei 22/08/2015 14:28

quelle jolie histoire!!!! et chapeau bas vraiment pour cette sérénité, tu m'étonnes que ton bébé est zen avec une maman comme toi ;) bisous!

V.O. 09/04/2015 05:42

Je suis sage-femme indépendante et votre histoire me touche beaucoup car elle illustre chacune de mes paroles... Bravo pour ce joli lâcher prise, cet amour incroyable et cette confiance en vous...

LMO 27/02/2015 10:53

Alors oi j'ai une question complètement débile mais je te la poserai en privé! :D
Ca fait rêver ton récit! <3

Kevin 26/02/2015 00:27

Quelle superbe histoire Miléna !
D'autres non pas eu ta "chance" de pouvoir le faire seule, rapidement et simplement.
C'est magnifique, un accouchement au naturel sans toutes ces choses toxiques qu'on nous infligent dès notre premier souffle.
Bravo à ta famille pour avoir su gérer ce miracle si simplement.
Tu as l'air d'avoir une famille heureuse.
Et lorsque je vois votre bonheur, ça ne peut que déteindre sur le mien !
Merci pour tout ça et bravo !
Je vous embrasse !
Kevin