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Le baiser dans la neige et les feux d'artifice

par La journaliste IT pink & green

Le baiser dans la neige et les feux d'artifice

Je ne sais pas pourquoi, l'autre jour j'ai repensé aux innombrables Nouvels Ans que j'ai passés dans ma vie. Peut-être parce que j'ai passé un très bon Nouvel An cette année, plein d'amitié et d'amour.

J'ai repensé à ceux de mon enfance, quasiment toujours dans le calme étoilé et le silence feutré de la neige.

Ceux de "mère", avec un bébé au creux du cou, à observer les feux d'artifices au loin sur la Tour Eiffel ou la montagne.

Ceux dans mon lit aussi. Oui j'ai passé des Nouvels Ans sous la couette, malade - ou pas d'ailleurs.

Et puis ceux de mon adolescence et de ma vie de toute jeune femme. Je les ai presque tous fêtés en Slovaquie (le pays de ma mère).

Ils étaient toujours festifs ces Nouvels Ans. Que ce soit dans un chalet loué, au restaurant, en squat chez les parents de copains partis festoyer ailleurs, c'était la fête, la grosse fête. Bon moi j'étais la sage paraît-il, mais j'adorais ces moments où les bouchons de champagne sautaient dans tous les sens, où mes amis, au fur et à mesure de la soirée, devenaient de plus en plus gais. Et tant pis pour le nuage de clope qui flottait dans l'air et imbibait mes cheveux alors que je détestais ça. On mangeait des sandwichs, du saucisson, des cornichons, de la soupe. On rigolait, on refaisait le monde.

Et toujours, peu avant minuit, on endossait manteaux, bonnets, écharpes, bottes de neige et on allait affronter le froid glacial pour aller accueillir la Nouvelle année dans la rue, avec des centaines de gens qui avaient la même envie : fêter ça dehors, dans la neige, avec plein de monde, connus ou inconnus, peu importe. Chacun y allait de sa bouteille de champagne et les feux d'artifices éclairaient la montagne. Même les immeubles communistes si moches prenaient des airs de fête avec toutes ces lumières.

Et puis il y a eu le 1er janvier 1993. L'année de mon bac. J'avais 17 ans et les cheveux blonds jusqu'aux reins sous mon béret bleu marine.

1993, le jour de l'indépendance entre la Slovaquie et la république Tchèque. Mon Coeur saignait un peu car je ne souhaitais pas cette séparation, après tout ma mère est Slovaque mais mon grand- père paternel était tchèque.

Mais les gens étaient euphoriques, ils étaient fous de joie de cette indépendance retrouvée. Ils avaient même descendu dans la neige des instruments de musique typiques du pays, et ça dansait, ça s'embrassait, ça se passait les bouteilles pour boire au goulot, ça riait, ça lançait des boules de neige. Une ambiance de folie. La joie, la musique, la danse, l'amitié.

C'est alors qu'un copain de nos amis s'est approché de moi. Je le connaissais à peine, il ressemblait à Jim Morrison mais - comble de l'ironie - tout le monde l'appelait Joseph la Panique. Parce qu'il avait peur de tout. Surtout des gens et surtout des filles.

Là il avait sans doute déjà bien bu, il avait une bouteille de champagne ouverte à la main. Il me l'a tendue mais j'ai refusé. Sans un mot, il m'a saisi doucement derrière le cou et il m'a embrassée. Comme ça. Pas comme deux amoureux pourraient le faire hein. Il m'a juste embrassée à pleine bouche mouillée, comme les petits enfants le font innocemment. Puis il a disparu dans la foule.

J'en suis restée abasourdie. C'est comme si j'avais reçu sans le demander un shoot d'amour innocent et ne demandant rien en retour.

Comme un enfant embrasse un enfant.

Ca aurait pu être n'importe qui, un vieillard guilleret, un vrai pote, une copine, une femme, un enfant. Il se trouve que c'était Jim la Panique mais ça reste finalement un détail.

Et les feux d'artifice autour.

Je ne sais pas ce qu'est devenu Jim Morrison Joseph la Panique. Je ne l'ai jamais revu. J'aurais pu, mais ça n'était pas mon envie. Il y avait juste eu cette parenthèse qui, bizarrement, m'avait propulsée l'espace de quelques secondes dans l'innocence de l'enfance et pas les calculs des adultes.

Je ne sais pas ce qu'il est devenu et d'ailleurs je ne sais même pas si les Nouvels Ans en Slovaquie ont toujours cette spontanéité de musique, de danse dans la rue, de partage, de feux d'artifice et de joie.

J'espère que oui.

J'espère qu'il existe dans le monde des endroits comme ça où les gens se réunissent spontanément sans se connaître, juste pour faire la fête, danser sur le son d'une contrebasse et se serrer dans les bras sans rien demander d'autres en retour.

Surtout ça.

L'amour gratuit.

Free hugs sur vous.

Et dès que vous en avez l'occasion, souriez aux autres, serrez-les, embrassez-les. Qui sait, peut-être s'en souviendront-ils toute leur vie comme d'une parenthèse enchantée, avec ou sans feux d'artifices.

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