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Une césarienne humaine

par La journaliste IT pink & green

Une césarienne humaine

Je ne pensais pas associer un jour ces deux mots dans un titre (je ne pensais pas non plus parler de césarienne me concernant haha, mais c'est une autre histoire). J'ai accouché il y a deux mois aujourd'hui, et depuis que je suis sortie du bloc c'est néanmoins le qualificatif qui me revient en tête systématiquement : cette césarienne était humaine. Et belle.

Ce n'était pas gagné pourtant. Je l'ai découvert avec stupéfaction au cours de l'hospitalisation qui a précédé la naissance de mes bébés. Contrairement à ce que je pensais, et à ce que pensent beaucoup de personnes, la présence du papa au bloc est loin d'être régulièrement proposée aux parents. C'est même assez exceptionnel, d'après ce que j'ai pu lire dans les témoignages que des mamans ont eu la gentillesse de partager sous mes photos. 

Mais pourquoi diable pense-t-on que ce genre de choses est devenue commune, banale, évidente ? La faute à la télé, sans doute. J'avais en tête l'image du papa avec la charlotte vissée sur la tête, assis aux côtés de sa femme allongée face au champ stérile.

Mais la réalité est toute autre. Dans la plupart des maternités, maman au bloc opératoire rime souvent avec papa dans les couloirs.

Bien entendu, au cours des rendez-vous mensuels avec mon obstétricienne on avait évoqué la possibilité d'une césarienne, grossesse gémellaire oblige. Connaissant ma réticence à la césarienne et mon souhait d'accoucher le plus naturellement ou du moins le plus humainement possible, elle m'avait rassurée, me répétant que le papa pourrait être présent et qu'on ferait "tout ce qu'on souhaiterait" (notamment abaisser le champ opératoire au moment des naissances, allaitement immédiat, peau à peau...). J'étais surprise qu'elle me parle de cela, pour moi ça tombait sous le sens, le papa serait là, pourquoi insistait-elle pour me le préciser ?

Lors de mon hospitalisation, j'ai vite compris pourquoi. Parce que, dans ma maternité, ma gynécologue faisait un peu office de cavalier seul au sein du staff obstétrical. La plupart de ses collègues gynécologues mais aussi anesthésistes n'étaient pas d'accord du tout pour faire entrer un père dans un bloc. Trop compliqué, pour une raison de place paraît-il, mais aussi pour des raisons d'organisation (c'est bien connu, les pères tombent systématiquement dans les pommes et il faut s'occuper d'eux).

Bref, j'ai découvert que des choses qui me paraissaient simples et évidentes ne l'étaient pas du tout en réalité, et que ma maternité ne faisait absolument pas figure d'exception. Dans la plupart des établissements en France, on pratique le même protocole : monsieur reste dans le couloir.

Inutile de dire que pour moi c'était juste inenvisageable que le papa ne soit pas à mes côtés pour la naissance de notre fille et de notre fils, comme il l'avait été pour nos autres enfants.

Je suis tombée des nues quand j'ai reçu dans ma chambre la visite des autres gynécologues du service. Qui, de surcroît, souhaitaient visiblement "me césariser" (selon le terme, que je trouve horrible d'ailleurs) le plus rapidement possible puisque "à partir de 37 SA il n'y a plus aucun intérêt à garder vos bébés in utero" d'après l'une des gynécologues de la maternité (celle à qui j'ai donné un surnom affectueux sur Instagram - LOLILOL hein). Opinion que je ne partage absolument pas (soit dit en passant), ne serait-ce que pour le réflexe de succion du nouveau-né, mais passons. Pour elle l'enjeu c'était de me faire cette fichue césarienne dès le lendemain de mon hospitalisation, juste avant le week-end (comme par hasard). Et évidemment, de papa au bloc, point. De champ opératoire abaissé, haha mais ma bonne dame où va-t-on, hein (au hasard : dans un monde meilleur, plus humain ?).

Comble de malchance, ma gynécologue était en vacances, j'étais donc seule contre vents et marées (en réalité beaucoup de sage-femmes comprenaient mes raisons, et évidemment le papa me soutenait).

M'accrochant à mes convictions (et à mon utérus), j'ai refusé cette césarienne qui me semblait prématurée et j'ai attendu le retour de ma gynécologue. J'ai même attendu davantage, puisque, en concertation avec elle, nous sommes allés jusqu'à 38 SA et deux jours.

Et quand la césarienne fut décidée, ce fut en plein accord avec les raisons médicales qui la justifiaient. Et surtout, elle s'est déroulée comme nous le souhaitions. Parce que oui, je l'ai eue ma césarienne humanisée (j'ai évidemment bien conscience que ce fut réalisable aussi parce que nous n'étions pas dans une urgence vitale absolue hein). 

Le papa avait bien sa charlotte sur la tête, et il était à mes côtés durant toute l'opération (en dehors de la mise en place de la rachi-anesthésie). 

Le champ opératoire a été baissé.

On a vu nos enfants naître.

On a pu fixer ces moments sur la pellicule.

On m'a immédiatement donné Zéphyr, tout chaud encore de mon corps. Béryl est partie quelques instants avec la pédiatre dans la salle juste à côté car elle était un peu secouée, mais tandis que la sage-femme l'emmenait, ma gynéco a insisté (et ça m'a énormément touchée) "si elle va bien, vous la ramenez ici pour que elle aussi fasse un câlin à sa maman". Et effectivement, on me l'a ramenée, je n'ai pas été obligée d'attendre la salle de réveil pour sentir ma fille. Ce genre d'attention, ça marque.

Le papa a pu faire du peau à peau.

J'ai pu allaiter dès la salle de réveil, à peine quelques minutes après la naissance de mes enfants.

Je rajouterais une chose à propos de l'équipe médicale de la césarienne. Elle a été formidable, de A à Z, avec un big up particulier à ma gynécologue évidemment, mais aussi aux sages-femmes et à l'infirmier anesthésiste, qui était juste fabuleux (vous saviez que les rachianesthesies se font désormais parfois sans anesthésie locale ? Maintenant vous le savez. Mais même pas peur, grâce à lui).

En outre, il régnait ce jour là une ambiance assez particulière dans le bloc, une ambiance que je n'oublierai jamais. Je pense que toute l'équipe était heureuse et un peu émue d'accompagner une césarienne différemment. La première césarienne avec un papa. La première d'une longue série, je l'espère.

J'espère, à ma mesure de colibri, avoir contribué à ouvrir une brèche dans le protocole bien trop ficelé des maternités.

C'était une belle césarienne.

Dans tous les sens du terme.

 

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Madame Bobette 12/07/2017 11:50

J'ai eu la chance d'avoir une belle césarienne également.
Je n'avais jamais pensé en avoir une mais voilà, ça s'est passé comme ça. Pas de l'urgence vitale mais de la petite urgence quand même. Le papa a été là, ils n'ont pas baissé le champs mais je n'ai même pas pensé à le demander. Ils m'ont présenté ma petite Tess puis l'ont emmené pour des premiers soins. Je ne pensais pas la revoir avant la salle de réveil quand à ma grande surprise, on me l'a ramené au bloc pour du peau à peau et la tétée de bienvenue :)
C'était magique et humain... Comme quoi c'est possible et pour bébé 2, je m'assurerai que c'est encore possible avant de choisir ma maternité...

Jess 04/05/2017 19:54

Je viens seulement de découvrir ce billet rempli de douceur et d'humanité.
Ca me met toujours du baume au cœur de te lire.
Je ne suis maman que d'une petite pour l'instant mais quand on m'a apprit que sa venue au monde serait par césarienne j'ai paniqué. Et puis je me suis renseignée auprès de toutes les personnes que je pouvais afin d'avoir un maximum d'infos et de récits afin d'être préparée à toutes les situations. Je ne sais pas si c'est ca qui m'a aidée mais une fois au bloc, tout le monde était si doux et attentionné, l'anesthésiste m'a mise en confiance malgré le fait que je tremblais de froid et d'excitation à la fois, les sages femmes me tenaient la main et me décrivait tout et ma Gyneco contribuait à cette atmosphère détendue. J'avoue avoir eu une super expérience de la césarienne malgré le fait que le papa était dans le "box" à côté... on se parlait, on se voyait de loin mais on partageait ce sentiment mixé. Entendre d'autres bonnes expériences de césarienne me donne encore plus d'aplomb pour la prochaine et pourquoi pas demander à "voir" la naissance du prochain bebe...

Merci encore

Lalalie 04/05/2017 18:13

Coucou ! Pour une fois, pas de vernis sur tes ongles, césarienne oblige ;) ! A ce sujet, je me demandais : tu utilises des vernis bio ou certifiés sans cochonneries, étant donné que tu en mets souvent (je pense à toi, mais aussi à tes petits), parce qu'ils sont suspectés d'être bien vilains, ces produits (perturbateurs endocriniens, entre autres ...) ?

Fanny 04/05/2017 12:00

Ta gynécologue mérite tout le respect qu'il se doit.
Et je n'aurai qu'une phrase "Purée quelle chance tu as eu de tomber sur elle".
On nous a refusé la présence du papa pour ma 2ème césarienne géméllaire (la première ayant été pratiquée en urgence cause J1 en détresse).
On nous a dit "NON", pas possible de négocier quoique ce soit.
Lors de cet accouchement césarisé, J1 (mon n.3) a été extrait sans souci, mais J2 en avait profité pour se retourner vu que la place c'était libérée. Et lui il a morflé. Il ne respirait pas et on me l'a emmené comme ça. Sans que je puise le voir.
J'avais les bras en croix, j'avais pu juste faire un petit bisou à mon premier né et j'ai pleuré.
J'en ai encore les boules rien que d'en parler.
On m'a recousu sans me donner de nouvelle de mon bébé. Sans que je sache s'il était vivant ou pas. J'en tremble encore.
Et ENFIN on m'a dit "il va bien, il est avec le papa".
Papa qui a été abandonné avec nos 2 fils tout juste nés sans assistance aucune en cas de souci.
On m'a monté en salle de réveil et entre 2 portes j'ai pu voir mon tout petit poussin dans les bras de son papa qui me l'a tendu pour que je prenne bien conscience qu'il allait bien et que je l'embrasse.
Ensuite j'ai passé 3 putain d'heure en salle de réveil (sans pouvoir communiquer avec mon mari qui s'inquiétait de ma longue absence) parce que c'était le changement d'équipe et que personne ne pouvait signer mon bon de sortie pour que je retourne dans ma chambre, voir mes bébés.
Bref, j'en veux encore énormément à ce centre hospitalier déshumanisé qui a fait naître mes bébés.

SabineNoucha 03/05/2017 23:03

Bravo c'est super que ce se soit passé comme tu le décris! Pour mon fils aîné, césarienne en urgence donc pas de papa avec moi, j'ai grelotté pendant 2 heures sous l'effet de l'anesthésie et j'étais donc incapable de faire du peau à peau avec mon petit... Et pourtant ma sage-femme est restée à me rassurer, tout le personnel a été top, et je leur en suis reconnaissant! ;)