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Le jumeau des étoiles

par La journaliste IT pink & green

publié dans grossesse , gémellité , fausse couche , famille nombreuse , Famille , maternité

Le jumeau des étoiles

Sur les réseaux sociaux, on me connaît comme étant une maman de six enfants, dont des jumeaux. Pas mal de personnes savent que je suis aussi passée par plusieurs fausses couches (cinq) et une grossesse extra-utérine. Ce que l'on ignore souvent, en revanche, c'est que lors de ma première grossesse (pour ma fille aînée), il y avait en réalité deux bébés au début. Je sais que les médecins parlent d'embryon puis de fœtus, mais moi je ne considère pas être enceinte d'un embryon ou d'un fœtus, mais d'un bébé. Alors c'est un bébé que j'ai perdu en début de grossesse, le jumeau de ma fille aînée, même s'il n'avait que quelques semaines.

Cette grossesse gémellaire n'était pas du tout une surprise. En réalité, on s'y attendait un peu. Pourquoi ? Parce que j'ai mis du temps à tomber enceinte, 30 mois très exactement, dont six mois sous traitement. Ceux qui sont passés par la PMA (light comme moi, il ne s'agissait "que" de stimulation ovarienne, ou plus lourde comme les FIV) savent comment ça se passe : on prend des médicaments à des jours bien précis, on reçoit des piqûres dans la fesse ou la cuisse d'autres jours, et vers J11 on fait une échographie dite "folliculaire" pour voir comment les ovaires réagissent (notamment pour 1/ voir si ça fonctionne 2/ éviter l’hyper-stimulation). 

Bref, j'ai fait cette fameuse écho à J11 et il y avait deux gros follicules. Mon gynéco nous a évidemment parlé de la probabilité d'avoir des jumeaux, pour être sûr qu'on était d'accord, avant de prescrire la piqûre de stimulation de l'ovulation. Mais quand on a attendu 30 mois pour avoir un bébé, ma bonne dame, on s'en fout un peu qu'il y en ait deux. On est même plutôt contents. Plutôt deux que zéro !

Ce mois-là, le traitement a enfin fonctionné. Pour la première fois de ma vie, j'ai vu apparaître le deuxième trait sur un test de grossesse. Avec un délai d'ailleurs : je l'avais déjà mis dans la poubelle, dépitée par cet énième échec. Je suis allé le chercher pour vérifier une dernière fois, et le deuxième trait était là. Pâle, mais bien là. La prise de sang a confirmé la grossesse, il ne manquait plus que l'écho (oui c'est très médicalisé et suivi quand on se lance là-dedans).

Et à l'écho, deux sacs, deux embryons, deux cœurs, deux bébés.

On a démarré cette grossesse en fanfare, un peu sonnés que ça fonctionne enfin, heureux, anxieux aussi, un peu.

Quelques semaines après, patatras. A l'écho il n'y a plus qu'un seul bébé, un seul cœur. L'autre sac a, comme on dit dans le jargon médical, "involué". Il n'y avait plus d'activité cardiaque. Mon gynéco nous a dit que c'était fréquent, que même de manière naturelle beaucoup de grossesse démarrait double et finissait rapidement simple.

Dire que la nouvelle a été facile à encaisser serait mentir. Je m'attendais à accueillir deux bébés, et finalement il n'y en avait plus qu'un. J'ai pleuré.

Mais je me suis accrochée à l'idée que, après 30 mois d'essai, c'était déjà miraculeux d'attendre un bébé. Tout doucement, je me suis faite à l'idée, même si j'ai gardé dans mon coeur ce bébé qui n'aura existé que quelques semaines dans mon ventre, mais toute la vie dans mon esprit.

A trois mois de grossesse, re patatras. Je me suis réveillée en pleine nuit, animée d'un sentiment étrange. Je me suis levée, et j'ai vu le sang couler comme d'un robinet entre mes jambes. "Oh non pitié pas ça" ai-je murmuré sourdement entre mes dents, atterrée à l'idée de perdre mon deuxième bébé tant désiré.

Aux urgences maternité (de la clinique de la Muette, pour ne pas les nommer), je suis tombée sur une sage-femme absolument abominable, qui n'a pas jugé utile de me faire une écho à 3 h du matin, qui s'est contentée de regarder l'intérieur de ma culotte en décrétant laconiquement "ah ben vous faites une fausse couche. Prenez du spasfon, le Dr B (mon gynéco) est en congrès à Vienne, appelez le secrétariat demain".

Et je suis rentrée chez moi, persuadée que je portais un deuxième bébé MORT dans mon ventre. 

Je vous passe les détails sur les heures horribles que j'ai passées ensuite.

Mon gynéco, en revanche, a été au top du top. Mis au courant, il m'a appelée en début de soirée en me disant qu'il était dans le taxi, qu'il sortait à peine de de l'aéroport et devait rentrer chez lui normalement, mais qu'il faisait un détour par son cabinet privé pour me voir en urgence.

Je ne le remercierai jamais assez (ce gynécologue a été une perle pendant toutes les années où il m'a suivie, y compris lors de mes fausses couches).

Nous nous sommes rendus au cabinet tardivement. Je tremblais, je saignais toujours, j'étais persuadée d'être un cercueil vivant.

Il a posé la sonde sur mon ventre.

Et là, contre toute attente, un bébé qui bouge. Un cœur qui bat. "Regardez, il va bien votre bébé, je peux même vous dire le sexe, vous voulez savoir ?". A priori on ne voulait pas connaître le sexe, mais là j'avais BESOIN de mettre une identité sur ce bébé warrior. "C'est une fille. Elle est forte, il y a un énorme décollement du placenta, plus du tiers, mais elle est là. Par contre il va falloir être très très raisonnable, je vous mets au repos strict".

C'est pas grave docteur, je veux bien rester allongée, ne plus bouger, ne pas sortir, manger allongée, ne pas me doucher (j'étais interdite de douche, c'était lavage au gant de toilettes), ne pas me retourner, passer des heures devant la télé (à l'époque Internet c'était du 56 K, pour ceux qui connaissent - autrement dit, ça ramait un max - et surtout c'était cher puisqu'on payait à la minute), ne plus faire les courses, ne voir personne, éviter les mouvements brusques. Je ferai tout docteur, TOUT, pour que ce bébé reste dans mon ventre le plus longtemps possible.

Je ne vous cache pas que j'ai vécu une grossesse très difficile. J'avais des contractions, mal partout à force d'être allongée, je m'ennuyais, je me sentais si seule quand le papa n'était pas là. Et surtout j'avais cette angoisse chevillée au corps, celle de la perdre. C'était inenvisageable pour moi.

Alors j'ai respecté à la lettre les recommandations de mon gynécologue.

A 8 mois de grossesse, j'ai enfin eu la permission de me lever, et même de sortir faire quelques courses dans le quartier (oui, j'ai passé cinq mois allongée. CINQ MOIS. Je vous promets que c'est très dur physiquement et psychologiquement). Je suis sortie, enfin, soulagée, car elle pouvait arriver. 

Elle est née trois jours après.

Comme quoi... l'alitement stricte que j'ai respecté avait un sens.

Ce qui a pris du sens, aussi, c'est la perte du jumeau de ma fille. Ça peut sembler dingue de penser ça, mais je me dis que quelque part ce n'est pas un hasard si cette grossesse gémellaire n'a pas abouti. Avec un tel décollement, des contractions en permanence, un streptocoque B pour corser les choses, je n'aurais sans doute jamais pu mener une grossesse double à un terme acceptable. J'aurais probablement perdu mes deux bébés, j'en suis convaincue, et mon gynécologue le pense aussi.

Mais ce bébé restera toujours avec moi, ma fille sait qu'il a existé, je trouve ça important qu'elle le sache.

Pour la médecine, en revanche, ce bébé ne compte pas. En obstétrique, je suis une "G11P6" (j'en ai parlé ici quand j'étais une G11P4). Autrement dit, j'ai eu 11 grossesses, et 6 enfants. Dans les 11 grossesses, on compte mes 5 grossesses menées à terme (dont une gémellaire), mes 5 FC et ma GEU. 

Le jumeau de ma fille parti rejoindre les étoiles trop tôt ? "Ça ne compte pas dans votre dossier obstétrical", m'a-t-on répondu.

Mais pour moi ça compte.

IL COMPTE.

Je lui dédis ce billet, et je le remercie d'avoir passé quelques semaines avec moi.

Je le remercie aussi d'avoir peut-être décidé de partir plus tôt, parce que c'était mieux ainsi.

A toi, ma première petite étoile.

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C
merci de votre partage
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N
Bonjour

COmment pouvons nous prendre contact avec vous concernant https://hommage-eternel.com

Cordialement
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M
J'ai vécu exactement la même chose pour ma deuxième grossesse, j'étais enceinte de jumelles (dans la même poche). Quand je parle parfois de cette "histoire", quand je m'épanche sur cette perte et sur cette tristesse malgré tout, les gens me regardent avec des yeux tout ronds ; alors j'ai l'impression que mon ressenti est illégitime. Pourquoi être triste pour quelque chose que l'on a pas connu ? Alors que moi, parfois, je me projette avec elles, 7 ans après...
Alors merci pour cet article, ça fait du bien !
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P
Lovely blog. Thanks for sharing with us.This is so useful.
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C
Très bel article, très intéressant et bien écrit. Je reviendrai me poser chez vous. A bientôt.
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