Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Bénissez moi mon père parce que j'ai péché

par La journaliste IT pink & green

publié dans Frappée par...

croix-lies.jpg

 

J'ai huit ans, onze ans, quatorze ans, vingt ans.

J'attends mon tour dans la petite chapelle éclairée par les vitraux. 

Je suis à genoux. Je relis la liste des péchés véniels et des péchés mortels. Gourmandise non pas trop. Désobéissance pas vraiment. Orgueil sans aucun doute. Luxure ahahaha. Alors en pensées seulement. Mais c'est grave aussi. 

Je reste sur le chapître confession dont je connais pourtant le rituel par coeur. Confession. Non mais y a tout de même deux mots vulgaires dans ce terme : con et fesse. Fion même, si on décide de jouer avec les lettres. 

Aie aie, pensée indigne, pardon Mon Dieu !

 

J'attends mon tour, plus qu'une personne devant moi. Mais je sais que ce sera long. Elle vient toutes les semaines soulager sa conscience des péchés qui l'alourdissent. Je me demande bien ce qu'elle peut bien commettre de si grave. J'imagine qu'elle traque le péché dans tous ses actes, toutes ses paroles, toutes ses pensées. Elle vit dans la peur de l'enfer, sans se rendre compte qu'elle se le fabrique toute seule cet enfer, là, sur terre, les flammes en moins. Moi non plus je n'ai pas conscience à cette époque que j'ai hérité de ce fabuleux don, confectionner jour après jour un enfer dans ma tête. 

 

La porte s'ouvre, je franchis le petit couloir sombre et froid, j'entre, je referme délicatement la porte pour ne pas troubler le silence. Je m'agenouille. La petite marche en bois craque. J'ai déjà mal aux genoux, pourquoi diable avoir mis un agenouilloire incliné ? Pour expier ses péchés aussi dans sa chair, comme Jésus sur le bois ?

 

Je vois l'abbé penché vers un missel, il est tout près, je vois les pores dilatés de son visage, je peux presque sentir son odeur mais je retiens ma respiration. Je respire avec le haut des poumons, c'est tout. Le strict minimum pour rester en vie.

 

"Bénissez moi mon Père parce que j'ai péché" (Honte)

"Je ne me suis pas confessé depuis deux mois" (Honte)

"Depuis j'ai commis" (Honte)

"Je ne me souviens plus du reste mais je confesse toutes mes autres fautes" (pratique)

"Merci mon Père" (double soulagement. Parce que l'épreuve est finie, mais aussi parce que je n'irai pas en enfer en si je me fais écraser au coin de la rue. Du moins pour quelques heures)

 

Une fois il m'a retenue encore une minute "vous devriez attacher vos cheveux et les cacher sous un foulard, vous distrayez les paroissiens" (honte)

Ou encore "veillez à porter une tenue décente la prochaine fois" (ah c'est vrai, ma robe ne couvre que la moitié de mes genoux)(honte)

 

Confession. Quelle est donc cette hérésie ? Quel est le but de cette humiliation répétée plusieurs fois par an ? 

 

Avant-hier je suis entrée avec mon fils dans la petite église que je vois de mes fenêtres et dont on entend les cloches tous les quarts d'heure, de sept heures du matin à dix heures du soir. Je me suis agenouillée sur un prie-Dieu. Sensation familière sous mes genoux, la culpabilité en moins. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Pas parce que j'étais triste, encore moins remplie de remords. J'ai pleuré parce que j'étais libre.

 

Pauvre Jésus, qu'ont-ils fait de ton message ? Tu dois te retourner dans ta tombe (pardon pour cette blague bien pourrie, j'ai pas pu résister). Comment peut-on croire en un Dieu qui soit disant nous aime, mais qui nous observe à chaque seconde, guettant le faux pas, tout près à nous jeter dans les flammes de l'enfer ? Quelle infamie, quelle démence, quelle folie humaine que de penser cela !

 

Pour moi, l'éducation religieuse s'apparente à une forme de maltraitance psychique. Peut-être l'une des pires maltraitances, parce qu'on a un mal de fou à s'en dégager. Pire : on la reproduit de génération en génération en pensant bien faire.  On est tellement conditionnés à se repaître encore et encore dans la douleur, le culte du sacrifice et de la pénitence ! Sans souffrance, point de salut !

 

Mais j'ai tout jeté aux orties.

Et c'est comme ça que j'ai rencontré Dieu.

Tellement différent de ce qu'on m'a appris.

Joie et légéreté !

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Commenter cet article

Elisabeth Rouzier 27/10/2012 22:18


Bravo Miléna d'avoir osé, j'adore, moi aussi j'ai découvert cette belle énergie d'amour en moi ... la religion est une invention des hommes. Cette notion de faute, j'ai vraiment du mal .. je
préfère l'erreur au moins c'est plus utile. La honte et tout le toutim ne sont qu'égo, ainsi que la culpabilité à laquelle je préfère la prise de conscience. Merci merci ton article est un péché
mignon.


Bisou du coeur


Elisabeth

La journaliste IT pink & green 28/10/2012 21:37



Merci beaucoup Elisabeth, ça me touche et ça me fait énormément plaisir de te lire ici. Je t'embrasse.



aboulivan 13/09/2012 10:12


le christianisme n'est pas, ne devrait pas être d'abord une morale. Mais une rencontre avec le Christ. C'est dans un second temps qu'on suit le Christ. Et si la rencontre ne change rien dans
notre comportement, on peut se poser des questions.


C'est vrai qu'il y a eu des dérives hier - bien rendues dans le texte - comme aujourd'hui. Le christianisme authentique n'est pas plus dans le sentiment de bien-être : aller dans une église selon
son envie, se sentir mieux et supérieur à ceux qui sont bêtement disciplinés et pratiquants.


Suivre le Christ. Pas facile, voire franchement compliqué. Il nous a pourtant bien aidé en s'incarnant. Un Dieu incarné... est ce qu'on mesure l'énormité de ce à quoi on dit croire ? Et un Dieu
qui renouvelle l'alliance avec tous les hommes, et tant pis si ça fait mal au cul, PAR l'Eglise.


Alors oui, l'église connaît/ a connu des errements, et on est souvent tenté de la réduire à la sociologie de ceux qui la composent - les bourgeois catho de droite.


Cependant, gardons nous de jeter aux orties cette Eglise que Dieu a voulu. Par laquelle il se donne dans les sacrements. Quand bien même on se libèrerait d'une conception ou de pratiques à coté
de la plaque comme la culpabilisation bien décrite ici, qu'est ce qui prend sa place, qu'est ce qui nous gouverne ? Certes notre propre ignorance et nos défauts nous gênent moins que le carcan
d'une Eglise. Comme dit coluche "L'intelligence est la chose la mieux repartie dans le monde, tout le monde pense en avoir assez, vu que c'est avec la sienne qu'il en juge". De
même avec la foi.



La journaliste IT pink & green 20/09/2012 09:09



Merci pour ton commentaire qui me donne matière à réflexion. A bientôt !



Mema 21/08/2012 14:30


Pour tout untas de raisons, nous avons donc fait le choix du catéchisme... mais j'ai conciencieusement choisi où. Dans un premier temps j'ai exclu tous les villages où l'instruction était donné
par une grenouille de bénitié qui assène l'évangile culpabilisateur. Je préférais rien à ça. Puis j'ai découvert une communauté de frères/soeurs franciscains près de chez nous. Après avoir
assisté à plusieurs messes et conversé un peu avec le père, j'ai accepté d'y confier mes enfants. Je ne suis pas déçu. L'instruction religieuse y est libre, intelligente, ouverte et adaptée
aux enfants.


Mais aussi, entrer dans une église m'apaise énormément. 

La journaliste IT pink & green 23/08/2012 11:59



C'est vraiment génial que tu sois tombée sur des gens dont le coeur est ouvert, c'est précieux ! Merci pour ton témoignage.



kat 06/08/2012 23:28


Mes parents ayant "subi" ce que tu racontes, ils ont fait le choix de laisser leurs enfants faire le leur (choix religieux, ou non), donc, je n'ai pas connu cela ... Mais ton texte, ton
"parcours" me touchent ...


Et puis, le sourire en lisant cette phrase :


"Confession. Non mais y a tout de même deux mots vulgaires dans ce terme : con et fesse. Fion même, si on décide de jouer avec les lettres.  Aie aie, pensée indigne, pardon Mon Dieu
! "

La journaliste IT pink & green 10/08/2012 14:23



Merci pour ton message.


Je fais pareil avec mes enfants, chez nous il n'est pas question de religion, mais de spiritualité, de Dieu, d'amour et de liberté. C'est complètement différent de ce que j'ai vécu (malgré moi).
Je n'oblige à rien, je vis ma foi, c'est tout. 



Bertrand L 05/08/2012 21:56


Rappelons que le rituel de la confession a été créé par l'Inquisition. Ceci dit, auparavant, le rituel tenait plus de la confession publique des fautes les plus graves et d'un pardon collectif.


Il ne faut jamais oublier que les rituels évoluent, qu'il s'agisse de la messe ou de la confession ou des autres rituels. Aujourd'hui, les confessions tiennent plus, en général, de la discussion
de salon avec son directeur de conscience.


L'histoire du christianisme est un sujet passionnant, d'autant plus que certains s'obstinent à nier qu'il y ait une histoire, une évolution continue depuis 2000 ans.

La journaliste IT pink & green 10/08/2012 14:25



En plus !! Merci beaucoup pour ces précisions historiques qui me confirment l'absurdité d'une telle pratique sous la forme que j'ai connue : contrainte, la peur au ventre. L'Inquisition, logique
finalement...