J'ai huit ans, onze ans, quatorze ans, vingt ans.
J'attends mon tour dans la petite chapelle éclairée par les vitraux.
Je suis à genoux. Je relis la liste des péchés véniels et des péchés mortels. Gourmandise non pas trop. Désobéissance pas vraiment. Orgueil sans aucun doute. Luxure ahahaha. Alors en pensées seulement. Mais c'est grave aussi.
Je reste sur le chapître confession dont je connais pourtant le rituel par coeur. Confession. Non mais y a tout de même deux mots vulgaires dans ce terme : con et fesse. Fion même, si on décide de jouer avec les lettres.
Aie aie, pensée indigne, pardon Mon Dieu !
J'attends mon tour, plus qu'une personne devant moi. Mais je sais que ce sera long. Elle vient toutes les semaines soulager sa conscience des péchés qui l'alourdissent. Je me demande bien ce qu'elle peut bien commettre de si grave. J'imagine qu'elle traque le péché dans tous ses actes, toutes ses paroles, toutes ses pensées. Elle vit dans la peur de l'enfer, sans se rendre compte qu'elle se le fabrique toute seule cet enfer, là, sur terre, les flammes en moins. Moi non plus je n'ai pas conscience à cette époque que j'ai hérité de ce fabuleux don, confectionner jour après jour un enfer dans ma tête.
La porte s'ouvre, je franchis le petit couloir sombre et froid, j'entre, je referme délicatement la porte pour ne pas troubler le silence. Je m'agenouille. La petite marche en bois craque. J'ai déjà mal aux genoux, pourquoi diable avoir mis un agenouilloire incliné ? Pour expier ses péchés aussi dans sa chair, comme Jésus sur le bois ?
Je vois l'abbé penché vers un missel, il est tout près, je vois les pores dilatés de son visage, je peux presque sentir son odeur mais je retiens ma respiration. Je respire avec le haut des poumons, c'est tout. Le strict minimum pour rester en vie.
"Bénissez moi mon Père parce que j'ai péché" (Honte)
"Je ne me suis pas confessé depuis deux mois" (Honte)
"Depuis j'ai commis" (Honte)
"Je ne me souviens plus du reste mais je confesse toutes mes autres fautes" (pratique)
"Merci mon Père" (double soulagement. Parce que l'épreuve est finie, mais aussi parce que je n'irai pas en enfer en si je me fais écraser au coin de la rue. Du moins pour quelques heures)
Une fois il m'a retenue encore une minute "vous devriez attacher vos cheveux et les cacher sous un foulard, vous distrayez les paroissiens" (honte)
Ou encore "veillez à porter une tenue décente la prochaine fois" (ah c'est vrai, ma robe ne couvre que la moitié de mes genoux)(honte)
Confession. Quelle est donc cette hérésie ? Quel est le but de cette humiliation répétée plusieurs fois par an ?
Avant-hier je suis entrée avec mon fils dans la petite église que je vois de mes fenêtres et dont on entend les cloches tous les quarts d'heure, de sept heures du matin à dix heures du soir. Je me suis agenouillée sur un prie-Dieu. Sensation familière sous mes genoux, la culpabilité en moins. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Pas parce que j'étais triste, encore moins remplie de remords. J'ai pleuré parce que j'étais libre.
Pauvre Jésus, qu'ont-ils fait de ton message ? Tu dois te retourner dans ta tombe (pardon pour cette blague bien pourrie, j'ai pas pu résister). Comment peut-on croire en un Dieu qui soit disant nous aime, mais qui nous observe à chaque seconde, guettant le faux pas, tout près à nous jeter dans les flammes de l'enfer ? Quelle infamie, quelle démence, quelle folie humaine que de penser cela !
Pour moi, l'éducation religieuse s'apparente à une forme de maltraitance psychique. Peut-être l'une des pires maltraitances, parce qu'on a un mal de fou à s'en dégager. Pire : on la reproduit de génération en génération en pensant bien faire. On est tellement conditionnés à se repaître encore et encore dans la douleur, le culte du sacrifice et de la pénitence ! Sans souffrance, point de salut !
Mais j'ai tout jeté aux orties.
Et c'est comme ça que j'ai rencontré Dieu.
Tellement différent de ce qu'on m'a appris.
Joie et légéreté !






Bertrand L 05/08/2012
kat 06/08/2012
Mema 21/08/2012
aboulivan 13/09/2012
Elisabeth Rouzier 27/10/2012