8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 09:20

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J'ai déjà écrit un sujet similaire à propos des larmes (voir  Les larmes qu'on ne verse pas, elles nous rouillent à l'intérieur) mais je suis de plus en plus persuadée que c'est la même chose pour la colère. Il est bon et sain qu'elle puisse s'exprimer. De manière safe pour soi-même et pour les autres évidemment, mais il faut qu'elle sorte de notre corps d'une manière ou d'une autre. Un peu (pardon pour la comparaison) comme quand on doit vomir. Je suppose qu'il ne viendrait à personne l'idée de garder son vomi à l'intérieur (à part peut-être les phobiques...). Ben c'est pareil avec la colère. Parce que la garder c'est s'empoisonner, se rendre malade, la laisser nous ronger et nous détruire de l'intérieur.

 

Je n'étais pas un bébé colérique, ni une enfant qui faisait des colères. Pour tout dire, je n'ai même pas fait de crise d'adolescence. J'étais le bébé parfait, celui qu'on pose et qui joue tranquillement, même si son frère jumeau venait lui piquer ses jouets. J'ai entendu ça toute mon enfance. "Oh comme tu étais sage depuis toute petite". "Oh comme tu étais facile à vivre". Et ça a continué lors de ma scolarité. J'étais studieuse, brillante, obéissante, douce, réservée et posée. Un rêve de gamine.

 

Mais en vérité, je me demande aujourd'hui si c'était vraiment moi tout cela. Le bébé sage n'avait-il donc jamais envie d'exprimer sa colère ou sa frustration ? La petite fille n'aurait-elle jamais souhaité se rouler par terre, taper son frère, casser un verre, jeter ses affaires ? N'y a-t-il jamais eu une once de colère en moi que j'aurais soigneusement étouffée, écrasée, cachée, enfoncée au fond de mon coeur pour correspondre parfaitement à ce qu'on attendait de moi comme une évidence : la perfection ?

 

Je ne sais pas. Je n'arrive pas à retrouver de souvenirs qui trahiraient de la colère contenue. J'étais sage et ça me paraissait juste évident.

 

Mais de la colère, j'en ai en moi. Pas beaucoup, mais elle est forte. De la colère très puissante même, quand elle se déchaîne (voir le Quatrième péché capital). Elle vient d'où cette colère inexpliquée et si dévastatrice ? Elle a bien du se fabriquer pour une raison ou une autre, non ? Elle n'est pas venue en moi par magie. J'ai du la garder et la bercer longtemps cette colère, pour qu'elle soit si explosive.

 

Elle ne sort pas souvent cette colère, mais sa puissance me fait peur. Il m'est arrivé, je l'avoue, de casser quelque chose en le balançant contre le sol ou contre le mur. Ou même, suite à une fausse couche il y a quelques années, de me labourer le ventre avec les poings. C'est rarissime, les fois où c'est arrivé doivent se compter sur les doigts d'une main, et j'étais seule, mais c'est arrivé. 

 

Le truc très étrange, c'est qu'une fois l'assiette brisée ou le verre pulverisé, ma colère s'est immédiatement volatilisée. Atomisée comme les débris de verre au sol. Evanouie. Je suis redevenue calme, presque soulagée. C'est ça qui me fait dire que la colère, il est bon et sain de l'exprimer, de lui permettre de sortir, de manière sécurisée évidemment. Je me demande même si on ne devrait pas tous avoir un punching-ball chez soi, pour se défouler en toute sécurité lorsque les plombs menacent d'exploser.

 

Je pense à tout cela, parce que j'ai envie de me débarrasser de mes colères, de mes frustrations, des choses négatives qui sont encore en moi. Je ne veux plus de ce petit noyau radioactif et dangereux au fond de moi. Plus du tout je veux dire.

Mais j'y pense aussi parce que je n'ai pas envie que mes enfants fassent comme moi quand j'étais petite : taire la colère, l'enfouir, la cacher, l'étouffer. Ca n'est pas bon. Je suis persuadée que ça rend malade, malheureux, dépressif, torturé, coupable. Ca ficelle, ça enferme. Et puis c'est aussi prendre le risque que ça pète un jour de manière désordonnée et dangereuse. 

 

Ma fille aînée est un peu comme moi. Elle parle peu, elle n'extériorise pas ses angoisses ni ses colères, elle garde tout, elle enfonce ses soucis bien profondément en elle. Elle rumine en quelque sorte.

 

Il y a à peu près un an, elle avait tout le temps des maux de ventre inexpliqués. Elle décrivait ça comme "un point de côté", mais sans avoir couru ni fait d'effort auparavant. J'ai craint l'appendicite, mais ça n'était pas suffisamment violent pour ça. Je l'ai toutefois emmenée chez l'ostéopathe qui, à ma grande surprise, m'a dit que son mal n'avait pas de cause physiologique, mais uniquement psychologique. "Votre fille c'est comme un sac de noeuds. Elle est nouée de partout et ça lui fait mal. Elle a des choses à dire qu'elle n'exprime pas", qu'elle m'a dit la dame, avant d'encourager ma fille à parler.

 

Ca a pris encore un peu de temps, elle avait sans doute besoin d'y réfléchir. Et puis quelques jours après, nous étions sur une plage de Camargue, juste nous trois, mes filles et moi. Ma cadette courait dans les vagues mais la grande était retenue près de moi, toujours murée dans son silence et son mal de ventre. Et puis là, face à la mer, allongées toutes les deux sur le ventre, main dans la main, elle a finalement ouvert son coeur. Elle m'a expliqué ce qui la tracassait. Et juste après, elle s'est mise à rire en s'exclamant "ah mais ça fait du bien de parler !". Puis elle est partie courir dans les vagues avec sa soeur. C'était fini, envolé. Plus de mal de ventre, plus d'angoisse, plus de peur, plus de colère, plus de frustration. J'étais aussi soulagée qu'elle, et j'ai pris la résolution de toujours aider ma petite muette à exprimer ses sentimens, quels qu'ils soient. A ne jamais en avoir honte. A ne jamais avoir peur de me les dire, même s'il s'agissait de colère, d'incompréhension ou de déception vis à vis de moi.

 

Ma cadette est très différente. Elle exprime toujours ses sentiments avec beaucoup de spontanéité et de naturel. Que ce soit la joie, la surprise, la fatigue, la colère, la frustration, l'impatience, le rire, tout sort, tout jaillit avec beaucoup d'aisance et sans aucune gêne. Elle peut aussi bien sauter dans tous les sens que danser, pleurer des larmes de crocodile, râler ou se mettre en colère. Un volcan. Mais en fait je préfère ça. Parce que les émotions négatives, elle les évacue. Parfois un peu n'importe comment, parfois en vrac. Mais au moins ça ne la ronge pas. Elle ne rumine rien. Elle dit ce qui lui passe par la tête ou par le coeur en toute confiance, en toute innoncence. Il faut juste qu'elle apprenne à canaliser cette énergie, à la défouler de manière saine. Mais il est hors de question qu'elle apprenne au contraire à l'étouffer.

 

Moi j'ai envie de leur dire "vas-y, raconte moi ta colère, parle, crie un coup dans la nature, écris la, brise la par terre si tu veux, on s'en fiche des verres. Mais fais la sortir, ne la garde pas, jette la et dis lui adieu ensuite en toute sérénité, une fois qu'elle est sortie de toi".

 

Ou alors on peut faire de  l'alchimie. Transformer le plomb en or. La colère en énergie créatrice et positive. C'est plus difficile, mais c'est un art qui en vaut la peine.

 

Volcan, vache, alchimiste. Exprimer, ruminer ou transcender la colère. 

 

 

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La journaliste IT pink & green - dans Frappée par...
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commentaires

teparlerdemavie 08/02/2013


Très beau message et surtout très vrai. J'ai aussi été très en colère mais depuis quelques temps, elle s'apaise. Ma fille aussi, suite à une agression a ressenti énormément de colère en elle.
Elle s'est inscrite au kickboxing et s'est sentie très vite mieux.


La colère, il faut la sortir, plus tu la gardes en toi plus elle prend des proportions qu'on a du mal, par la suite, à canaliser.


Exprimons-nous, parlons, soulageons-nous!


Merci pour ce bel article.

marine 08/02/2013



Kandygirl 08/02/2013


Comme on dit "ce qui est dehors n'est plus dedans".


C'est vrai que plus on refoule les choses, plus il y a de risques que ça finisse par exploser et parfois de manière disproportionnée par rapport à la situation.


Le plus difficile est d'arriver à l'exprimer de façon maîtrisée sans que ça parte en cacahuète.


J'ai lu un jour que lorsqu'on va se mettre en colère, il faut essayer d'y réfléchir et en comprendre les raisons profondes (qui ne sont pas toujours les raisons directes et évidentes), ainsi on
peut arriver à mieux la contrôler ou la canaliser. Facile à dire, moins à faire... mais c'est peut-être bon à prendre.

vieillebique 09/02/2013


ma puce est un peu comme ça si elle pleure c'est que vraiment ça ne va pas elle ne pleure pas pour un rien.....tres emotive je la vois encore petite 14mois à peine assise sur les genoux d'une
auxilaire à la garderie me dire au revoir et en poussant un gros soupir..sur le moment je ne vois que l'aurevoir de la "première" séparation pour 30 minutes 1h a tout casser .


et là commence une longue periode de terreure nocturne a repetition de hurlement et de parent decontenancés devant cette petite qui avait toujours bien dormi.....on se questionne et puis on se
dit que ça a commencé en meme temps que la garderie (et je revois dans ma tete les petites epaules lourdes de ma fille se soulever dans ce gros soupir le jour de mon premier départ et je me dis
"elle a pris sur elle ce jour là pendant que son frère ralait bien 5 minute a chaque separation elle n'en a pas rajouté mais la nuit ses emotions débordaient surement") ....


alors on lui parle on demande à l'educatrice de lui aprler de lui dire la nuit c'est pour dormir si tu as peur à la garderie tu peux le dire etc... et un jour elle pleure à la separation et apres
ses larmes salvatrices plus de reveils nocturnes plus de poches sous les yeux...et plus de pleurs à la garderie.

mim_ 10/02/2013


J'aime beaucoup imaginer vos mots sur cette plage...


Ne pas s'encombrer, surtout !

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