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Grossesse extra-utérine, le rendez-vous manqué

par La journaliste IT pink & green

publié dans Mon nombril

oeil-eau.jpg

 

J'ai fait une grossesse extra-utérine en avril 2010. Ce fut une épreuve assez rude je dois dire, autant pour le corps que pour l'âme, même si aujourd'hui je suis complètement réconciliée avec les trois petites cicatrices qui forment un triangle sur mon ventre. Facile d'être apaisée me direz-vous, quand on a un bébé de 3 mois et demi qui sent bon le lait chaud juste à côté de soi. Certes. Mais quand même.

 

La grossesse extra-utérine (ou grossesse ectopique) a tout d'un rendez-vous qui échoue lamentablement : je l'attendais, je le désirais, je n'y croyais pas, il est venu. Mais il s'est trompé de route. Ou il s'est arrêté en chemin. Et il a commencé à grandir dans un endroit où il était impossible, pour lui comme pour moi, qu'il reste. Alors il a fallu intervenir. Ouvrir, couper, ôter, gratter, nettoyer, refermer. Et guérir, comme on peut.

 

Mais pourquoi donc avait-il oublié son GPS ce jour-là ?

 

J'ai découvert que j'étais enceinte fin avril, en revenant d'un week-end en amoureux à Cassis. Joie, surprise, coup de fil au papa, prise de sang tout de suite après le test (vieille habitude ça, que de confirmer par une PDS, les abonnées des traitements comprendront). Un taux plutôt correct mais des saignements légers qui m'inquiètent quand même un peu. Je sais bien qu'on peut saigner en début de grossesse mais comme j'ai fait plusieurs fausses couches, je préfère vérifier. Comme je n'ai pas de gynécologue ici, je suis allée aux urgences de l'hôpital.

 

Et là commence tout un protocole que je connais par coeur : enfiler une blouse, tension, température, prise de sang, urines, questions ("date des dernières règles ? des douleurs ? depuis quand saignez-vous ? groupe sanguin ? ah zut, rhésus négatif... Va falloir faire une recherche d'agglutinines irrégulières. Des allergies ? à la pénicilline ? Mince, vous cumulez"). Blasée et angoissée je suis. Je fixe les néons au dessus de ma tête, j'ai froid. J'anticipe presque les questions. "Mais c'est quoi votre métier ?" finit même par me demander le gynéco. 

 

L'écran reste désespérément vide et silencieux, mais pourquoi ça cligote pas là ?

 

Ensuite vient l'étape que j'attends (redoute ?) le plus : l'échographie. Le taux d'HCG a bien augmenté, on devrait donc voir quelque chose à l'écran. Mais l'écran reste désespéremment vide. "On ne voit pas encore" m'annonce prudemment le gynécologue. J'ai envie de lui dire de garder ses pincettes pour opérer et de me parler franchement mais je ne dis rien. Pourtant je sais. Je sais au fond de moi qu'avec un taux pareil on aurait du voir quelque chose, une tâche, un point blanc, un sac vitellin, un rond, un clignotement, applez ça comme vous voulez, mais pas tout ce noir immobile et silencieux

 

Le gynéco a décidé de me garder à l'hôpital. Evidemment. "Je ne peux pas vous laisser sortir avec une bombe dans le ventre. Car grossesse il y a, l'HCG le prouve, seulement je ne sais pas où elle se trouve. Elle peut être dans une trompe, sur l'ovaire, dans la cavité abdominale... ou tout simplement dans l'utérus, et on la verra demain". Mon oeil oui. Je sais bien que demain il n'y aura pas plus de tâche sur l'écran qu'aujourd'hui mais soit, soit, hospitalise moi, fais moi prise de sang sur prise de sang et des échos en pagaille. 

 

Je suis donc restée une semaine à l'hôpital, en attendant de voir "quelque chose" à l'écho. Tous les matins je devais rester à jeûn en vue d'une "possible hypotétiquement éventuelle intervention" si on apercevait quelque chose à l'écho. Et tous les jours on me renvoyait dans ma chambre sans avoir rien vu à l'écho, sans opération (et sans petit déjeuner, donc) avec le même protocole pour le lendemain. Ce fut assez éprouvant de rester ainsi dans le vague, en se sachant "enceinte, mais pas comme il faut". En attente du bistouri, en espérant tout de même, un peu moins chaque matin, voir un miracle apparaître sur l'écran de l'échographie. Mais il n'y eut pas de miracle.

 

L'opération : la trouille, le vide, la douleur, les questions sans réponse. Tu vas la sauver ma trompe oui ou non ?

 

On a fini par voir une masse embryonnaire dans la trompe droite. J'ai été opérée par coelioscopie (trois petits trous dans le ventre) le lendemain matin. J'avais la trouille. Pas de l'opération en elle-même, ni de l'anesthésie générale, ni de la douleur (j'avais tort sur ce point) mais de l'erreur médicale. Je sais c'est bête mais j'avais peur qu'on se trompe de patiente et qu'on me fasse une ligature des trompes ou même une hystérectomie ! Sur le brancard, avec ma charlotte sur la tête et la perfusion qui me sciait le bras gauche j'ai du vérifier une dizaine de fois s'ils savaient bien qui j'étais et pour quoi je venais (ils ont du me prendre pour une dingue à parler sans arrêt de mon utérus, de mes futurs bébés, de ma trompe qu'il fallait sauver si possible, par pitié, s'il vous plait, merci, Dieu vous le rendra). D'ailleurs mes premiers mots à mon réveil ont été pour ma trompe. Mais l'infirmière ignorait si elle avait fini dans une poubelle ou si elle était encore dans mon ventre.

 

Je vous passe le réveil, la douleur insupportable, le gynécologue injoignable pendant une heure et des infirmiers qui ne savent pas quoi faire pour me soulager, vu que les trois doses de morphine ne me soulageaient absolument pas (croyez moi sur parole, si un cathéter touche un nerf dans le ventre, la morphine n'y change RIEN ! Shootée j'étais, mais plaie immense et gémissante j'étais aussi). L'infirmier a fini par retirer le cathéter (ça non plus je ne le souhaite à personne, l'impression désagréable - que dis-je, immonde - que toutes vos entrailles et vos poumons par dessus le marché vont sortir par ce trou de 5 millimètres de diamètre). Et toujours personne pour me dire si le chirurgien avait pu sauver ma trompe ("mais oui madame, en tout cas votre utérus est toujours en place, je peux vous le garantir, quelle question"). La réponse je l'ai eue le soir seulement, quand le gynéco est repassé me voir (45 secondes, top chrono). J'ai même pas envie de raconter comment il était hautain, silencieux et distant. Avec ça aussi je me suis réconciliée et j'ai pas envie de me pencher (et épancher) à ce sujet. Il y en a toutefois qui feraient bien de manger du Martin Winckler au petit déjeuner, au déjeuner, au goûter et au dîner. C'est tout ce que j'ai à dire à ce sujet.

 

Je suis ensuite rapidement sortie de l'hôpital avec des prises de sang à faire jusqu'à ce que le taux de béta HCG soit nul. L'histoire devrait s'arrêter là, sauf qu'après une légère baisse, le taux d'HCG a recommencé à augmenter. La GROSSE merde. Qui dit HCG dit cellules embryonnaires qui se multiplient, et donc opération ratée, et donc à refaire. Le gynécologue, penaud, m'a proposé de réopérer (tu peux toujours courir) ou l'autre méthode, l'injection de methotrexate. Pour faire bref : c'est un anti-mitotique (qui empêche la division des cellules) utilisé en chimiothérapie pour traiter certains cancers, mais aussi en cas de grossesse ectopique. C'est un produit visiblement très toxique, administré à l'hôpital uniquement. Autre précaution : il faut à tout prix éviter une grossesse dans les mois qui suivent l'injection(on comprend aisément pourquoi).

 

L'injection fait aussi TRES mal. Sérieux, j'ai douillé. Et pourtant je crains pas les piqûres ni les prises de sang. Et puis le methotrexate est vraiment un poison. J'ai une pensée pour tous ceux qui endurent une chimio, c'est un truc de malade ce produit. Pendant un gros mois j'étais une loque. L'opération avant l'injection a sûrement du jouer aussi, mais j'étais épuisée, crevée, décalquée. Je me traînais tout au long de la journée, je n'avais pas dormi autant depuis ma dernière grippe. 

 

Et ma tête dans tout ça ? Et mon coeur ? Elle arrive quand la réconciliation ?

 

J'ai été en colère. Révoltée est le mot juste. Outrée que la nature puisse enfin me faire un cadeau, tomber enceinte sans traitement, pour me le reprendre aussitôt. J'ai trouvé ça cynique, sadique, cruellement comique et injuste. Je me suis fâchée, j'ai pleuré, j'ai pesté contre mon corps, contre le ciel, contre la vie.

 

Beaucoup de choses se sont passées ensuite. Après un pétage de plomb bien en règle ainsi que diverses  prises de conscience, j'ai fait la paix avec moi-même, avec mon histoire, avec la Vie. 

 

J'ai cessé de résister inutilement aux vagues. J'ai fait la planche et je me suis laissée porter. Les vagues de révolte qui bouillonnaient dans mon coeur se sont tues d'elles-mêmes.

 

Et Salomon s'est installé... C'était il y a un an, tout pile.

 

Petit signe du (non) hasard : je suis tombée enceinte du côté droit. Celui de la trompe découpée, raclée, recousue. Opération ratée certes, mais je suis finalement reconnaissance au gynécologue d'avoir su préserver mon intégrité.

 

A Sandrine, Corinne, Aline, Nathalie, Laure, Claire, Emilie

 

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Photo {1} : we heart it

 

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Commenter cet article

kevin 10/09/2015 22:24

Ce genre de grossesse n'est vraiment pas facile à vivre, il faut beaucoup de courage!

celine 05/09/2014 17:21

Merci

amina 24/02/2015 14:36

J ai vecu la meme chose geu mais avec une hemorragie interne et ablation de la trompe gauche et je me sent vide et moins femme qu avant mais je vais retenter car je me sent toujours maman

coolbulbs 05/08/2014 13:49

The hCG level can increase in an abrupt manner if proper care is not given. Often this situation arises as a result of negligence. None of the remedies assures 100% guarantee. So, be careful in the first place itself and avoid trouble.

Lx 29/07/2014 15:54

Merci, d'avoir partagé ton histoire, ton ressenti! Merci pour ces mots justes...

Mme Patience 21/05/2014 08:52

Bonjour, j'ai trouver un texte qui parle de moi. Non sans rire, ta description de ce que tu as vecu me fait me sentir moins seule ! J'ai vécu 4 fausses couches et 2 geu et quasi de la même façon que la tienne et ai pu ressentir exactement les mêmes choses. Je suis heureuse pour toi que ta grossesse suivante se soit bien passé et ai pu soulager tes maux...je n'ai malheureusement pas encore cette chance et attend patiemment mon tour. ;-) merci encore pour ton témoignage. Mme Patience