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L'insoutenable fugacité du blog

par La journaliste IT pink & green

publié dans Frappée par...

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Cela fait neuf mois que je tiens ce blog (une grossesse !) et il m'arrive d'éprouver de plus en plus souvent de la frustration, sentiment des plus désagréables. 

 

Pourquoi ?

 

Parce que sur les blogs tout va vite. Trop vite. On écrit avec fièvre (parfois sans se relire), on publie sur un coup de tête, on lit en diagonale, on ouvre, ou ferme, on clique, un "j'aime" par ci, un lien par là. Et... on oublie.

 

Loin de moi l'idée de conspuer l'instantanéité des échanges que le Web 2 nous offre sur les blogs comme sur les réseaux sociaux. C'est pratique, efficace, rapide, pertinent : un système performant en perpétuel mouvement.

 

Mais pour certaines choses, certains billets, certains thèmes, cette célérité de l'échange devient toxique, voire mortelle. Une sorte de poison qui nécrose immédiatement nos propos dans les limbes d'Internet

 

Quand j'ai commencé à tenir ce blog, je me disais que ce serait comme une sorte de journal de bord, un journal (pas) intime, un peu comme les tonnes de cahiers que je noircissais quand j'étais adolescente. Mais un blog n'est pas un carnet de bord. Il y a trop de points de divergence

 

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- on ne rature pas (enfin moi je le fais pas, la pratique du "j'écris/je barre" très usitée sur les blogs ne me séduit pas du tout) mais on efface. Difficile ensuite de se souvenir de l'enchevêtrement de pensées qui a conduit à la construction d'une phrase...

 

- on ne colle ni ticket de cinéma, ni fleurs séchées, ni photos. Certes on peut publier certains souvenirs au format électronique... mais où est la magie du ticket de métro trituré, serré, chiffonné tout un trajet durant, oublié dans une poche puis rescussité, aplati par la paume de la main, collé à la colle Cléopâtre sur un cahier spirale à petits carreaux ? Et la photo signée sur l'envers, avec fleurs, petits coeurs et date ?

 

- on ne feuillette pas un blog. On ne le met pas dans sa poche pour le relire, allongé sur l'herbe. On ne tourne pas les pages. On ne met pas de post-it aux endroits qui nous ont frappés. On ne corne pas les pages pour ne pas oublier de relire un passage. On clique sur une flèche pour la suite, sur une croix pour fermer.

 

- on ne laisse pas de petits commentaires sur le côté, on ne surligne pas, on ne passe pas un coup de fluo sur une phrase qui nous enchante.

 

- on ne renifle pas les pages. Oui je sais ça peut paraître idiot, mais j'aime l'odeur du papier, du stylo, des fleurs séchés qui parfument discrétement les cahiers.

 

- on ne le sert pas précieusement contre son coeur, on ne le jette pas non plus de colère sur le lit, avant de le reprendre pour y griffonner rapidement ses impressions.

 

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Moi ça me frustre. Ca me frustre pour moi et pour les autres.

 

Pour moi parce qu'il y a des billets que j'ai portés en mon sein avant de les coucher sur clavier, et qu'ils me tiennent à coeur. Ils ont mûri. Je les ai cueillis. Déposés soigneusement sur ma page Web. Envoyés religieusement.

 

Et... ils m'échappent. Si vite.

 

Deux choix s'offrent à leur destin.

Ils sont lus tout de suite ? Tant mieux. Mais je ne suis pas dupe : ils sont aussi vite lus qu'oubliés.

Ils ont échappé à la vigilance de l'instant des lecteurs, occupés à autre chose ? Et bien tant pis, c'est fichu.

 

Le billet ce n'est pas comme une lettre qu'on aurait reçue et qui attendrait patiemment sur une table qu'on ait le temps de lui accorder l'attention qu'elle mérite. Une lettre relue parfois un an, dix ans après, soigneusement conservée dans une boite, avec un ruban fané. Non.

 

En appuyant sur le bouton "Publier", je donne à mon billet une durée de vie de... allez, soyons généreuse... 48 heures peut-être. Au-delà, si mon billet n'a pas été chopé par mes amis sur Facebook, sur Twitter ou sur Hellocoton, il est fort à parier qu'il sera perdu dans les oubliettes d'Internet.

 

Et pourtant... Dieu sait que j'y ai mis de l'âme. Et que j'aurais aimé en disserter davantage avec mes amis. Mais le flux mesdames et messieurs, le flux, personne ne lui résiste !

 

Et c'est pareil quand je lis les autres blogs. Même constat, même rapidité, même zapping, même sanction : je lis, je clique, je ferme, j'oublie, je passe à autre chose. Un coup de moulinette dans le cerveau, j'ai la souris trop vivace, le clavier me démange !

 

C'est dommage.

 

Je croise des blogs, parfois une seule et unique fois, sans y revenir, alors qu'il faudrait.

 

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Et parfois je m'attarde, séduite par une personnalité, une écriture, "un univers" comme on dit dans la blogoplanète. Le blog m'aspire au passage pendant quelques minutes, je dévore les lignes, le discours m'étreint, m'émeut, me porte, m'envole.

 

Je parcours quelques billets, deux, trois, quatre... Rarement plus. Et les autres ? Les 300, les 500, les 1000 billets de cette personne ?? Comment savoir ce qui me plairait ? Comment m'arrêter sans erreur sur les bons billets, ceux dans lesquels elle/il aura mis son coeur, sa plume, sa patte, sa hargne, ses tripes ??

 

Pourquoi il n'y a pas de post-it sur les blogs ??

Pourquoi les auteurs n'indiquent-ils pas dans une rubrique les billets qu'il ne faut pas louper ? Qui demandent encore débat ou conseil ? 

 

Les blogs sont riches. Ils regorgent de trésors, de pépites de cervelle et de perles de vie. Malheureusement ils appartiennent à un vortex qui ne s'arrête jamais, et nombre de ces trésors sont oubliés avant même d'avoir existé.

 

Devant tant de superficiel involontaire, d'éphémère subi, de fatalité, j'ai de plus en plus envie d'écrire un bouquin. Un vrai. Qu'on pourrait corner, triturer, surligner, mettre sous l'oreiller, toucher, lire et relire. Et en lisant certains blogs, je me dis que leurs auteurs devraient aussi y songer...

 

Un jour peut-être.

Un jour sûrement.

 

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Photos : We heart it

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

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vieille bique 16/05/2011 14:05



t'as vu moi je lis lol meme ceux que j'aurais pu zapper....



La journaliste IT pink & green 16/05/2011 15:20



Merci Vieille Bique 



yeyou 29/04/2011 21:22



quand on écrit, c'est pour faire plaisir d'abord à soi-même, et si ça plait à un autre, c'est encore mieux,mais pourquoi chercher une "célébrité"? comment peut-on penser être ami avec 50000
personnes sans les connaitre? il vaut peut-être mieux avoir un seul vrai ami! dans une vie on ne pourrai même pas dire bonjour à tous les habitants de la terre.Les quelques personnes dont moi qui
apprécient tes articles eh bien tu n'as pas perdu ton temps.


Regarde mon site, tu verras qu'il y a des gens bien comme toi, et c'est pas mal juste de le savoir. amicalement



BéaBlog 20/04/2011 18:01



Tout ce que tu dis est tout à fait juste... il y a quelque chose de très frustrant dans tout ça. Mais, malgré la fugacité ambiante, certaines choses restent, je crois, même si ce n'est pas
systématique à chaque lecture.


Et, pour serrer contre moi ou jeter de dépît (heu, en fait ça ne m'arrive plus depuis un bail, ça !), j'ai toujours dans mon sac au moins un petit cahier pour écrire dedans...;-)


Bises Miléna !



Yokoflo 18/04/2011 15:13



Mais la "fugacité" des messages des blogs en font aussi leur légéreté ;-) et leur intérêt, non ? on passe vite, on trie et on revient quand on a le temps... Moi, c'est comme cela que je gère
mes lectures webesques.


C'est là ceci-dit que j'apprécie les blogs avec des mots clés précis et/ou des moteurs de recherche intégrés. Ca m'évite de me farcir 50 pages d'archives (ou abandonner) pour retrouver le billet
que je veux relire (ou lire vraiment).



Poopie 17/04/2011 18:09



Whaou quel beau message. Je te rejoins sur tous les points... En tout cas, moi, je reviendrai sur ton blog ! Quant à l'idée du livre, je te souhaite bien du courage !