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Les larmes qu'on ne verse pas, elles nous rouillent à l'intérieur

par La journaliste IT pink & green

publié dans Frappée par...

cry.jpg

 

"Maman c'était quand la dernière fois que t'as pleuré ?"

"Ben y a pas si longtemps que ça tu sais mon Coeur" (bon sang elles m'ont jamais vu pleurer ?)

 

"Et quand ta grand-mère elle est morte, t'as pleuré ?"

...

"Non"

"Pourquoi ?

T'étais pas triste ?"

(Si, t'étais atrocement triste, hurle quelque chose en moi)

"Parce qu'on m'a dit de ne pas pleurer."

 

C'est vrai, je n'ai pas pleuré à la mort de ma grand-mère paternelle. Ni après.

J'avais sept ans quand elle est partie. On m'a dit qu'il ne fallait pas pleurer "parce qu'elle était au ciel et que tout allait bien". Alors j'ai collé un sourire béat sur mon visage et je n'ai pas versé une seule larme. Ca n'aurait pas été correct ni sympa de pleurer, puisqu'elle allait bien, puisqu'elle ne souffrait plus.

 

Zéro larme.

 

Du moins le croyais-je.

 

En vérité j'ai versé tout un tas de larmes qui sont retombées à l'intérieur de moi, qui y sont restées près de 30 ans et qui ont rouillé mon âme.

 

Quand j'avais 17 ou 18 ans, je suis allée voir une homéopathe iridiologue (l'iridiologie est une méthode d'analyse de l'iris qui permet de voir certains problèmes métaboliques et autres traumatismes enfouis. Bluffant, de ce que j'en ai expérimenté). Elle a examiné mes iris et la première chose qu'elle m'a dit, c'est que j'avais vécu un traumatisme très important à l'âge de sept ans. Sept ans ? Fracture du bras peut-être ? Ou l'entrée en CP alors que je n'avais pas fait de maternelle ?

 

Non ce n'était pas ça d'après elle. C'était de l'ordre familial. J'ai répondu, sans conviction aucune (puisque tout allait bien hein, c'est maman qui me l'avait dit) "ah oui, ma grand-mère est morte, mais ça doit pas être ça, ça ne m'a pas traumatisée".

 

"Détrompez-vous. Ca a été une épreuve très difficile pour vous et vous devez absolument faire ce deuil pour avancer" qu'elle m'a répondu la dame. Surprise. Mais sans plus.

 

J'étais jeune, je trouvais ça un peu tiré par les cheveux. Pour moi tout allait bien de ce côté là et si j'étais si mélancolique, si fatiguée dans ma tête parfois, si "ailleurs", ça n'était sûrement pas lié à la perte de ma grand-mère. TOUT VA BIEN on a dit. Elle est au ciel, bon sang !

 

Ca m'est revenu comme un boomerang il y a un peu plus de deux ans. Au cours d'une séance, ma (formidable) psy (qui est bien plus qu'une psy, bien autre chose qu'un distributeur automatique de psychotropes, d'ailleurs elle ne m'en a jamais prescrit) m'a demandé de m'imaginer enfant ou bébé. Peu importe l'âge, c'est comme je le sentais.

 

"Alors, tu as quel âge ?" m'a-t-elle demandé après quelques secondes de concentration.

"Sept ans"

"Pourquoi sept ans ?"

"Ben je sais pas, ça m'est venu comme ça, je me vois à sept ans"

"Mais... il s'est passé quoi quand tu avais sept ans ?"

 

Coup de poing

Les sept ans me reviennent en pleine face.

La mort de ma grand-mère 

Le deuil

Pas fait

Qui me hante

 

Lumière

Je comprends brusquement

 

Pendant toutes ces années c'est donc resté en moi ?

Les larmes sont toujours là ?

Depuis tout ce temps, elles ont sans doute creusé des sillons en moi, rouillé quelques fondations, noyé certaines perceptions ?

Elles ont formé un barrage, masqué par l'illusion d'un sourire plaqué sur mon visage ?

A quel point ces larmes non versées ont-elles influencé mes choix, mes émotions, ma façon de voir la vie ?

 

Je sais que j'ai encore ce travail là à faire. Je sais qu'il faut que je la pleure. Je sais qu'il faut que je lui dise au revoir. Dans une lettre ou quelque part dans la nature, en m'adressant à elle. Pour le moment je n'en ai pas eu le courage, je repousse ça parce que, lorsque j'y pense, la boule au fond de moi est trop grosse, j'ai l'impression qu'elle ne passera jamais ma gorge, encore moins mes yeux... 

 

Dimanche prochain peut-être ?

 

En attendant j'ai juste répondu à mes filles :

 

"Vous savez, les larmes, il faut toujours les verser quand elles viennent. Sinon elles vous rouillent à l'intérieur. Vous avez le droit de pleurer. Et je serai toujours là pour les écouter vos larmes, jamais pour les étouffer"


 

Photo : trouvée sur We heart it mais source inconnue hélas...

Citation (de mémoire) lue dans Le Chevalier à l'armure rouillée (Robert Fisher)

 

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Commenter cet article

Windows support now 23/06/2014 13:50

Even it too strongly agrees with you that crying is really an expression of the inability of weakness. Your blog is really a heart touching one. Kindly do share more of these types of moral values in this site

nduwayo Bandora Abel 12/08/2013 12:59

Merci.bcp de gens pensent que pleure est une expression d incapacite dt de faiblesses,specialement pour les hommes.Je pense que c est faux.Dieu ne nous a t Il pas cree ayant la capacite de pleurer?et puis dailleurs,apres avoir pleure tu sens un grand fardeau enleve sur tes epaules.Je pense que ce temoignage pourra aider plus d un.

Carole Nipette 24/09/2012 15:42


Très touchant... et je suis d'accord avec ces propos, tellement d'accord que je ne retiens jamais mes larmes tout simplement parce que je n'y arrive pas... parfois c'est presque un handicap mais
bon, je n'y arrive pas... C'est clair que tu vas pleurer fort quand tu feras ton deuil à ta façon mais tu verras à quel point ça fait du bien...

La journaliste IT pink & green 24/09/2012 15:44



Ta réaction est beaucoup plus saine et salutaire tu sais, tu as raison ! Merci pour ton commentaire

vieillebique 23/09/2012 17:56


je n'ai pas pleuré mon père à 12 ans pareil nonpas qu'on m'ai dit de ne pas le faire mais simplement parce que je n'ai pas cru à sa mort une seule seconde àl'époque resultat ces paroles de ma
mère qui m'ont blessé "tu as un coeur de pierre"


 


bref je 'lai pleurer des millier de fois après pendant des films, à la naissance de mes enfants; à mon mariage, en lisant harry potter le dernier bref ... cet article me touche beaucoup

lexou 22/09/2012 15:46


je ne sais pas quoi écrire, je crois qu'au fond je refuse de pleurer depuis 4 ans, a cette date précise, ton récit me touche de plein fouet, et j'essaie encore de me retenir...je t'embrasse