Partager l'article ! Les regarder grandir, et grandir moi aussi: De mes nouvelles fenêtres je les vois dans la cour de récréation de le ...
De mes nouvelles fenêtres je les vois dans la cour de récréation de leur nouvelle école.
La Grande est volubile.
Entourée de deux ou trois copines plus grandes qu'elle en taille et en âge (normal, elle est toujours la plus jeune de sa classe), je la devine qui pépie sa nouvelle vie, sa chambre verte et chocolat, son ancienne école, ses passions, sa famille. Le tout avec forces détails et larges mouvements des bras.
Parfois elle se met à courir et participe aux jeux, mais le pia pia pia reste incontestablement son rayon.
Elle vient dans le fond de la cour, m'aperçoit au loin, lève un bras, puis deux, me fait des signes, puis se tourne vers ses nouvelles copines et se remet à parler, visiblement toute émoustillée de décrire sa maman dans la cuisine, là, au loin, avec son petit frère.
La Petite est guillerette.
Elle joue au loup, court, s'élance avec les autres enfants comme dans une envolée de moineaux.
Elle a toujours deux petites filles accrochées à ses mains. Jamais les mêmes. La Déesse de l'arc-en-ciel, on l'aime à tous les coups. Partout où elle arrive, elle a ce charme qui attire les autres enfants. Elle les aimante, ils lui sourient, ils veulent tous être son ami. Et elle s'installe dans les coeurs comme dans la classe, avec gaieté et légèreté.
Elle lève une petite main et me fait un joli signe discret. Je devine son sourire.
Et moi je cesse de m'inquiéter.
J'avais peur pour elles, peur de leur imposer ce changement, peur de leurs réactions. Leurs réactions ?? Plutôt la mienne, oui. En une fraction de seconde j'ai rajeuni de 30 ans et ma petite tête disait "non non non je ne veux pas. J'ai peur. Je veux rester ici. Je ne veux pas changer. Laissez moi tranquille".
Craintive, fermée, timide, j'ai serré contre moi mon manteau fait de routine pour réchauffer mon coeur appeuré. Ma tête continuait à dire obstinément "non".
Mais...
Elles ne sont pas moi. Pas du tout. Surtout pas le "moi" de leur âge.
Ca m'a demandé des efforts, ça m'en demande encore, mais j'ai arrêté de projeter mes angoisses, mes attentes, mes peurs et ma personnalité chez elles. Je ne "me" protège plus à travers elles. Les aimer vraiment, les aimer "elles", c'est aussi cesser de rassurer la petite fille qui est en moi par des automatismes instaurés avec mes enfants.
J'ai décidé de leur faire confiance, de faire confiance à la vie. De grandir aussi.
Je ne suis pas déçue quand je regarde par mes fenêtres.
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