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Ma vie en origami

par La journaliste IT pink & green

publié dans Frappée par...

origami.jpg

 

"Champs de roses, champs de ronces

Que j'avais traversés,

Je viens chercher réponse

Qui de vous m'a blessée"

 

 

 

 

Je n'ai pas eu une enfance malheureuse. On peut même dire que j'ai eu une enfance douce et paisible : des parents toujours en couple, des frères et soeur, de quoi manger et faire des études, une mère présente.

 

 

J'ai reçu une éducation assez stricte, très religieuse, nourrie de musique et de culture. Je garde un souvenir assez mélancolique des dimanches studieux et  pluvieux que je passais à écouter Verdi, Rossini et Beethoven ou à marcher dans la nature en donnant des coups de pied résignés dans les tas de feuilles mortes. Je n'aimais pas ces promenades dominicales obligatoires, dans la grisaille du Nord. Je n'aimais pas non plus cette musique classique qui me berçait tout en me faisant monter les larmes aux yeux.

 

 

Mon père avait de grandes ambitions pour moi. A la mesure, je pense, de son amour et des capacités dont il me croyait pourvue. La parabole des Talents est importante pour lui. Il a voulu que je fasse du piano, il a refusé que j'envisage les Beaux-Arts, un milieu "trop pourri par le sexe et la drogue" selon lui. Il me voyait faire de grandes études, réussir une brillante carrière et épouser un médecin ou un professeur.

 

J'ai longtemps marché sur ce joli petit chemin parfait qui se déroulait devant moi, tout tracé. Je marchais dans des pas que je croyais être les miens, en prenant garde de ne surtout pas dépasser, de poser mon pied pile dans les empreintes bien dessinées. Regardez Papa, Maman, quelle gentille petite fille je suis.

 

Je sais que ce chemin a été préparé avec amour par mes parents, par mon père. Mais ce n'était pas le mien. Tout simplement.

 

Durant toutes ces années, j'ai fait des origamis avec mon âme et avec ma vie. J'ai soigneusement fait des plis comme on me les avait appris, afin d'obtenir de jolies cocottes en papier parfaites. Un pli en diagonale, deux plis sur le côté, un pli de travers, attention à la symétrie, ne pas se tromper, ne pas faire de faux plis !

 

Et puis un jour j'ai commencé à faire des entorses à mes pliages. Des petites. Des grandes. Des graves. Des dangereuses même. Je ne sais pas quel mécanisme s'était mis en branle chez moi. Avec le recul, je pense que celle "que je suis vraiment", celle "à l'intérieur de moi" n'en pouvait plus de faire des origamis. J'étouffais sur le petit chemin tout tracé, tout parfait.

 

Alors je tapais à côté. Je traînais les pieds dans les marécages de la vie comme je traînais les pieds dans les feuilles mortes quand j'étais petite. Je faisais n'importe quoi. J'ai pris les cocottes en papier et je les ai détruites. Une par une. Je ne les ai pas dépliées, je les ai déchirées, froissées, brûlées, dispersées. Vu de l'extérieur (par moi-même d'ailleurs, surtout par moi-même) mon attitude d'alors ne peut que provoquer un cri d'effarement : "mais bon sang, qu'est-ce qu'elle fout ?".

 

Qu'est-ce qu'elle fout, oui.

 

Je faisais n'importe quoi, juste n'importe quoi, sans savoir pourquoi. Sans avoir conscience que mon âme cherchait à se débarasser d'un joug que je portais sans le savoir. Je me suis mise en mode survie et j'ai tout cassé. Tout. J'avais besoin de faire table rase. De briser le reflet que le miroir me renvoyait et qui n'était pas moi.

 

J'ai traversé le désert pendant des mois. Aucun psy, aucun conseil, aucune drogue, aucun médicament, aucune thérapie, aucune hospitalisation n'ont eu raison de mon mal.

 

J'ai détruit jusqu'à la folie ce qui me rongeait.

 

Et un jour...

 

J'ai ressuscité.

 

Bonheur.

 

Il est juste dommage et incompréhensible pour moi que ma famille ait décidé de ne plus me voir au moment même où moi je me retrouvais, alors qu'ils m'avaient soutenue à d'autres moments. Dommage, oui...

 

PS : pourquoi cette chanson au début de mon billet ? Parce que sur mon chemin j'ai croisé des ronces et j'ai reçu des fleurs données certes avec amour, mais qui portaient parfois des épines cachées.

Parfois on se trompe même en aimant. On fait des choses "pour le bien de l'autre", on lui donne une éducation et des principes, on l'élève comme on s'occuperait d'un arbre, en mettant un tuteur, en redressant une branche, en surveillant la croissance et la rondeur des fruits. Sans se rendre compte qu'on tue à petit feu le tronc. 

 

Ca n'est pas facile d'être parents. A chaque minute, à chaque décision que je prends pour mes enfants, je prie pour que ces choix soient les bons. Que ça n'étouffe pas leur véritable Etre. Je reste à l'affût, j'écoute leurs petites âmes.

 

A chaque instant, je regarde mes mains et je me vérifie si je ne fais pas des origamis avec leurs vies. 

 

Sur le même sujet : 

Lettre à une petite fille

Le premier jour du reste de ma vie

 

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Commenter cet article

Famille au pair 05/07/2012 13:40


Très touchant cet article... et tellement vrai. C'est en effet une lutte constante d'essayer de ne pas influencer ses enfants dans un chemin tout tracé. De ne pas les faire rentrer dans un moule
qu'on forge pour eux.

isabelle 04/07/2012 09:00


J'ai les larmes aux yeux à la lecture de ce billet, ton écriture me touche beaucoup, tendresse, émotion, ...  J'espère, moi aussi, que je suis sur le bon chemin avec mes enfants,
j'essaye de les guider et conseiller en respectant leurs choix, pas toujours facile, mais c'est tellement enrichissant de découvrir, petit à petit, les trésors de leurs personnalités si
différentes. 

La journaliste IT pink & green 04/07/2012 09:41



Merci Isabelle !



Petitdiable 30/06/2012 09:18


J'adore ton billet. PAs cool que ta famille t'ai tourné le dos. J'ai un vécu similaire avec ma famille, plus de parents, parce que je ne suis pas rentrée dans leurs cases, et pourtant...C'est dur
de faire des rêves pour nos enfants et de voir que ça ne sont pas les leurs. J'espère ne pas reproduire.

La journaliste IT pink & green 04/07/2012 09:43



Pareil, j'espère ne pas reproduire; je me surveille régulièrement !



vieillebique 29/06/2012 23:16


quel billet emouvant....et lourd de sens....


etre tuteur sans pour autant en faire un bonsai parfait ou laisser faire sans pour autant laisser epines et mauvaises herbes nous envahir et etouffer la plante...difficile equilibre.


moi même je crois avoir eu la chance de marcher dans des pas qui sont lesmiens parfois peut etre je marche dans des pas qui satisfont les autres sans pour autant me mentir et me sortir de mon
chemin..petite choses du quotidien pas trop importantes.


ton billet me touche car je vois une partie de la famille autour de moi se dechirer a propos de ce chemin que l'on trace pour les autres et dont on ne supporte pas qu'ils se detournent pour un
raccourci ou un chemin plus sinueux qui les meneront à bon port ou pas mais que parfois il faut savoir emprunter pour mieux revenir sur les rails ou pas....je ne suis que specatattrice désolée et
impuissante.


aussi pour mes enant comme toi jem'interroge je force parfoisje pense à bon escient car je nepense pas forcer à prendreun chemin mais plutot forcer à ouvrir les yeux sur tous ces chemins qui se
presentent à eux alros oui des fois c'est avec plus ou moinsde succes mais aumoins en se promenant un peu ils peuvent se faire une opinion faire demi tour y apprendre quelquechose y revenir plus
atrd sachant que cette route existe ou justement ne jamais y revenir....alors oui il faut savoir etre à l'ecoute et prendre le chemin des ecoliers


 


tous les chemins ne menent ils pas à Rome?

La journaliste IT pink & green 04/07/2012 09:43



Merci beaucoup Vieille Bique pour ton témoignage !



LaFéeDuLac 29/06/2012 13:25


Oui c'est une responsabilité terrible d'être parent, pas seulement parce qu'il faut assurer la sécurité et le bien-être de nos petits mais bien parce que la frontière entre l'éducation et
l'envahissement est très floue et ténue... Parfois, quand je leur fais faire quelque chose qu'ils n'ont pas envie de faire, que je leur force un peu la main, j'ai très peur de ce que ça implique
pour plus tard : suis-je en train de vouloir contrarier leur personnalité ? Terrifiant.


Mais ton article est très beau, et émouvant. Plein de tendresse et d'apaisement.

La journaliste IT pink & green 04/07/2012 09:45



Oui la frontière est tenue. Quoi qu'on fasse, je pense qu'on fait et on fera des erreurs. C'est certain. Mais (à la différence de mes parents) si un jour mes enfants viennent me dire que ça
c'était "trop ceci" ou "pas assez cela", je pense que j'aurai le coeur et les oreilles ouverts pour l'admettre.