Et ça mérite d'être souligné. Parce que ça n'a pas toujours été le cas, loin de là.
J'ai tellement pris l'habitude de bien dormir et de bien "m'endormir" (car c'est cette phase qui est cruciale, finalement) que je dois faire un effort de mémoire pour me rappeler comment c'était "avant".
Avant.
Quand le soir tombant réveillait progressivement et inexorablement mes angoissses.
Quand je traquais un sommeil qui me fuyait presque toutes les nuits.
Quand mon petit vélo, apparemment fan des virées nocturnes, se mettait en route et se transformait en moissonneuse-batteuse de mes nuits.
Quand je comptais systématiquement les heures qui me séparaient du matin et que je constatais avec terreur que je n'aurais probablement pas mon quota de sommeil. Evidemment ça me stressait encore plus, et évidemment ça compliquait encore davantage mon endormissement.
Avant.
Quand les les "cachets" cachaient si bien l'épouvante qui étreignait mon âme en l'anesthésiant à grands coups de drogues.
Quand je ne supportais pas de me retrouver en tête à tête avec moi-même et que je préférais le coma médicamenteux plutôt que d'affronter l'araignée dans mon crâne. Maintenant quand j'y repense, je crois bien que j'ai passé une partie de ma vie comme un automate qui se gavait de médicaments pour dormir, puis de médicaments pour tenir debout. L'un après l'autre. L'un appelant forcément l'autre, car le sommeil sous somnifères et sous anxiolytiques n'est pas réparateur. Il est abrutissant. Epuisant à moyen terme. Il tue à petit feu.
Et maintenant ?
Maintenant je dors. Je DORS. Je n'y réfléchis même pas.
Je ne me pose pas de questions. Je ne me rends même pas compte par quel processus exactement cela se passe, mais je plonge dans le sommeil aussi facilement que si je me glissais dans un bon bain brûlant.
Je n'ai pourtant pas fait de travail sur le sommeil. Ou disons plutot que je n'ai pas fait un travail "que" sur le sommeil. C'est toute ma vie, tout le fonctionnement de ma tête et de mon coeur que j'ai progressivement changés au cours de ces trois dernières années. En une phrase, je dirais que j'ai avant tout commencé à dompter mon mental. Ou le petit vélo, le truc qui se met en route et qui dévaste tout sur son passage, à commencer par le sommeil.
J'ai appris à faire taire le brouhaha de ma tête.
A puiser en moi loin, très loin (et tout près à la fois) pour y trouver une source de quiétude qui a toujours été là, mais dont j'ignorais l'existence.
J'ai surtout enfin accepté de laisser de côté le Passé et l'Avenir, en ne leur donnant pas plus de constance et d'existence qu'il n'en faut, pour me concentrer sur le Présent. Et le présent quand tu dors, c'est l'oreiller, la couette, la nuit noire et ton corps fatigué. Point. Rien de plus. Ni les factures, ni les soucis, ni les papiers à remplir ne font partie de ce présent. De demain, oui. Mais pas là. Y penser ne sert à rien, si ce n'est créer des images angoissantes. Et ça je ne le fais plus. Je ne tombe plus dans le piège de mon crâne.
C'est en changeant tout cela que le sommeil est venu à moi. Je ne dors pas beaucoup, je n'ai pas besoin de beaucoup d'heures de sommeil, contrairement à avant. Mais je dors bien.
Je me rends compte que tout ce que je décris plus haut me demandait un effort sur moi-même il y a peu de temps encoren, mais que c'est presque devenu automatique et naturel aujourd'hui. Comme si je retrouvais ma véritable nature. Je le fais, je le vis, c'est tout.
Maintenant quand je me couche, je ferme les yeux, mon corps repose, j'ai l'impression que ma tête est immense comme l'univers, calme comme le ciel, claire comme les étoiles. Je respire un grand coup. Un beau sommeil paisible et réparateur me gagne presque aussitôt.
Magique.
J'ai repris le pouvoir.






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