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Leur naissance

par La journaliste IT pink & green

Leur naissance

J'ai déjà rédigé un billet sur la naissance de Zéphyr et de Béryl, mais c'était un billet plutôt orienté sur les circonstances de leur naissance, et plus précisément sur le côté humain de cette césarienne  pas comme les autres.

Mais je n'ai pas écrit de détails concrets, émotionnels sur leur naissance. Ils ont maintenant sept mois, et j'ai envie de consigner sur mon blog les quelques heures qui ont entouré un accouchement comme je ne l'avais pas imaginé. Mais dont je garde finalement un bon et émouvant souvenir.

Nous sommes le jeudi 2 mars. Les giboulées ont fait leur apparition, à la fenêtre de ma chambre à la maternité ce sont tantôt les rayons du soleil qui traversent les persiennes, tantôt la grêle mêlée de pluie qui tambourine sur les vitres. Je regarde le temps défiler lentement et je me dis qu'ils seront de mars finalement, ces petits poulets, ces petits giboulées. Et je ne cache pas que j'en suis heureuse. Je préfère largement mars à février, c'est bête mais ça me plaît, ce mois du printemps. Et puis j'en suis à 38 SA et deux jours, c'est pas mal pour des jumeaux, non ? En tout cas tout le monde me le dit.

Jeudi 2 mars et un monito encore préoccupant. Le coeur de ma fille fait des blagounettes, alors que je ne contracte même pas. Cette fois ma gyneco est davantage inquiète, on décide ensemble de la faire cette césarienne qu'on repousse depuis huit jours. La semi urgence de l'intervention m'autorise à prendre une rapide douche à la bétadine mais m'épargne le lavage de cheveux, trop long. Tant mieux ! J'enfile donc une charlotte sur mes cheveux secs (c'est pas plus mal vu le froid qui règne au bloc), le chéri fait de même. On me retire mon vernis carmin, à mon grand désarroi (LoL). Le brancard m'emmène à travers les couloirs de la maternité. Émue, je me dis que je ferai le chemin inverse avec mes deux bébés dans les bras ou dans leur petit berceau transparent.

Dans la salle de réveil, on me pose une perfusion, puis on m'installe des électrodes et un appareil pour mesurer ma tension pendant toute l'intervention. La routine paraît-il. Dès que je suis branchée de partout et après les vérifications d'usage (allergies, taux d'hémoglobine qu'il faudra surveiller, groupe sanguin...) on m'emmène au bloc. Je croise ma gyneco, que je reconnais à son regard et à ses lunettes. Car tout le monde est masqué et chapeauté ici, voyez-vous. Je reconnais aussi l'une des sages-femmes à ses yeux bleus et à sa voix. Elle me dit qu'elle est ravie d'assister à ma césarienne, car elle a passé beaucoup de temps à s'occuper de moi. C'est bête mais ça me fait chaud au coeur.

L'attitude de tout le staff obstétrical me fait du bien d'ailleurs. Nous sommes le premier couple de parents auquel on propose la présence du papa pendant une césarienne, et visiblement toute l'équipe est un brin euphorique, un brin émue. Même l'anesthésiste semble prise dans le tourbillon et elle me félicite (plus tard j'apprendrai qu'elle faisait partie dès personnes réticentes à la présence du père, comme quoi tout le monde peut changer).

C'est donc au tour de l'anesthésiste de rentrer en piste. Je ne remercierai jamais assez l'infirmier anesthésiste qui m'a "coachée" durant la rachi-anesthésie (réalisée sans anesthésie locale préalable, autrement dit on enfonce directement la longue aiguille entre les vertèbres, aie aie aie). La tête clouée contre son épaule, je me laisse juste guider par sa litanie rassurante. Je ne sursaute même pas à la décharge électrique de l'aiguille, il a réussi à me faire garder un calme absolu, en dépit du côté extrêmement désagréable de la chose.

Ensuite on me rallonge rapidement, mes jambes seront vite anesthésiées. Le froid qui me faisait trembler sur la table s'évanouit peu à peu. C'est la chaleur qui envahit mes jambes, mon corps. On me demande de poser mes bras en croix sur les petits supports de la table, afin de bien surveiller ma tension. Mais l'infirmier anesthésiste me rassure : je ne suis pas ficelée comme une paupiette et j'aurai le droit de bouger les bras quand mes enfants seront nés et qu'on les mettra contre moi.

Entre temps le chéri (absent juste le temps de la rachi-anesthésie) est revenu à mes côtés, sur ma droite. Il me tient la main et il tient mon téléphone de l'autre. Car on va tout filmer. Ma gyneco a promis d'abaisser le champ opératoire une fois l'incision pratiquée.

C'est parti. Les sensations sont très étranges, je sens qu'on me bouge le ventre, qu'on le remue même pas mal, mais je ne ressens aucune douleur. J'ai chaud, même si l'air de la salle est froid.

Dans ma tête aussi les sentiments se bousculent. L'étrangeté de la situation, ces sensations sans douleur, cette naissance inattendue par césarienne. Le soulagement aussi de savoir que ma fille ne souffrira plus de ralentissements cardiaques. C'est le bon moment, je le sais, je le sens. Et puis cette impatience de les découvrir tous les deux. Seront-ils semblables aux images d'échographie ? Mon fils ressemble-t-il vraiment à ses frères et à son papa ? Ma fille a-t-elle cette petite bouille différente et des cheveux ?

L'incision est rapidement terminée, le champ opératoire est abaissé. J'ai la fâcheuse manie de vouloir le toucher pour le baisser encore plus, mais on m'en empêche. Mon homme me prend la main pour m'empêcher de toucher le champ qui doit rester stérile (ça me fait rire quand je revois la vidéo !).

Zéphyr est le premier à sortir. Ma gyneco le manipule à l'intérieur de mon ventre, c'est impressionnant. Et puis il sort, bras tendus, sirène hurlante, violet, en colère, cris stridents et petits bras déployés au dessus du nid maternel. Il est 15 h 31. Il est juste parfait mon oisillon mauve ! Je l'aime déjà tellement. Une fois le cordon coupé (pas dans la seconde, comme je l'avais demandé) on me l'amène pour un tout premier câlin, tandis que sa soeur est encore dans mon ventre. J'embrasse de tout mon coeur le visage chaud, mouillé et parfumé de mon oisillon, de mon troisième fils, je lui caresse la main, j'admire ses petits ongles et son nez. Puis il part à côté, au chaud, pour son premier examen pédiatrique. 

C'est au tour de sa soeur de sortir de mon ventre. Le champ opératoire est toujours baissé et je vois ma gynécologue qui enfonce le bras dans le trou béant de mon ventre. Elle pousse ma fille vers l'intérieur, la tourne, tire, tourne encore. "Votre bébé se présente par l'épaule, je dois la manipuler à l'intérieur pour pouvoir la sortir", m'explique-t-elle. C'est impressionnant cette "grande extraction" comme on dit, mais à aucun moment je ne panique. Je vois ma gynéco sereine, sûre de ses gestes, et même lorsque Béryl m'est enfin présentée, un peu sonnée elle aussi, je n'ai pas peur, je suis certaine qu'elle va bien, en dépit de l'aspect mouvementé de sa naissance. Elle ne crie pas, elle regarde le monde, un peu stone. Il est 15 h 34, et je suis maman de six enfants.

Cette fois ma gynéco préfère que la pédiatre la voit immédiatement, vu comme elle a été secouée. Mais elle précise à la sage-femme qui emmène mon bébé "si tout va bien, vous la ramenez tout de suite ici pour que sa maman puisse lui faire un premier câlin à elle aussi". J'ai vraiment beaucoup apprécié cette attention. Et effectivement, une poignée de minutes après, ma fille m'était ramenée. Elle me regarde de son regard déjà si profond, si observateur, plongeant ses yeux noirs dans les miens, jusqu'à mon coeur. Boum ! Je tombe amoureuse encore une fois. Je caresse ses cheveux noirs, elle en a plus que son frère, comme on s'y attendait. Et elle ressemble tellement aux échographies !

Ensuite elle part rejoindre son frère, et leur papa la suit pour assister aux premiers soins. Pas de collyre dans les yeux, ai-je demandé. On les pèse mais on ne les mesure pas. La sage-femme revient me dire leurs poids, Béryl est un peu plus lourde que son frère, mais cela ne nous surprend pas, ça se voyait légèrement à l'écho et visuellement on observe une légère différence. 

Toujours allongée au bloc, j'attends patiemment qu'on finisse de me recoudre. On discute prénoms avec ma gynécologue. J'entends un de mes deux bébés crier à côté, mon intuition me dit que c'est mon oisillon, une sage-femme me le confirme. Je me sens sereine, un peu étrange, un peu secouée. Et si heureuse d'avoir deux enfants de plus. Deux bébés magnifiques. Si différents et si beaux.

Une fois recousue, on me déplace sur un brancard et on m'installe en salle de réveil, avec une lampe chauffante au dessus. Il fait chaud, il fait doux, il fait calme dans cette pièce à la lumière tamisée. Les sensations reviennent peu à peu dans mes jambes, je me sens si bien. Mes bébés arrivent presque aussitôt avec leur papa, vêtus juste d'une couche et d'un bonnet. Ils n'ont pas pris de bain. J'en suis heureuse, on va pouvoir faire du peau à peau tous les trois. Avec seulement l'aide du papa (j'ai le bras toujours ligoté par la perfusion et le tensiomètre) on installe nos enfants contre moi, sous la couverture, pour qu'ils prennent leur première tétée. Ils s'en sortent super bien d'ailleurs, je suis à la fois contente et fière de moi d'avoir mené cette grossesse jusqu'à ce terme, en dépit de la volonté des autres gynécologues de me césariser dès la fin de la 36ème semaine. Ils tètent très certainement mieux à 38 semaines et deux jours, j'en suis convaincue.

C'est le moment de faire connaissance, de sentir leurs petits corps chauds, de toucher leurs cheveux si doux, de renifler leur odeur de bébé fraîchement sorti du ventre, de regarder leurs doigts minuscules et de se dire, en tenant leurs petits crânes, "mais c'est si petit, on avait presque oublié à quel point"

Je ne sais pas combien de temps on est restés en salle de réveil, assez longtemps il me semble. Les sage-femmes ont eu la gentillesse de nous laisser en famille et en paix, on est tout au plus venu vérifier mes constantes, mais ils ont laissé les bébés tranquilles. Même pour l'allaitement, visiblement le staff savait qu'il n'était pas nécessaire de m'abreuver de conseils ou de présence, et je les en remercie. On a pu faire connaissance dans la pénombre, le silence, la chaleur et la douceur. C'était vraiment un moment hors du temps. Et même si c'était une césarienne, il y a eu, dans cette naissance et les heures qui ont suivi, des sensations extrêmement agréables, que je garderai précieusement en souvenir toute ma vie : la chaleur, le silence, le calme, la pénombre, et ce parfum amniotique semblable à nul autre. 

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Shana lilie 11/10/2017 01:44

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte. un blog très intéressant. J'aime beaucoup. je reviendrai. N'hésitez pas à visiter mon blog (lien sur pseudo). au plaisir

Babychou 10/10/2017 17:03

Quelle belle aventure tout simplement. Tu a eu au près de toi un staff medicale au top. Moi ils autont etaient froids et rude du début a la fin. Mon accouchement et la suite son de mauvais souvenir. Heureusement que mon bebe d'amour me faisait oublier tres vite se ressenti.

Les Petites M 10/10/2017 14:38

C'est la première fois que je lis une naissance par césarienne si émouvante... Tu as eu beaucoup de chance d'être si bien accompagnée. Ce devrait être la norme...

mamine 10/10/2017 13:10

Merci pour ton récit !

Ninies_ 10/10/2017 12:18

Quel beau récit ❤️
Je n'ai pas eu des césarienne pour mes enfants mais ils n'ont pas été mesurés ni baignés ni nettoyés à la naissance non plus et j'ai grandement apprécié qu'on ne me les brusque pas non plus.