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Premières lunes

par La journaliste IT pink & green

Premières lunes

J'ai eu mes premières règles vers 13 ans. Je les attendais de pied ferme, j'avais presque hâte d'y être et même peur, oui oui, peur qu'elles n'arrivent jamais. Je sais c'est idiot, tout comme il a été idiot, quelques années après - même pas en couple, encore étudiante - de me dire "j'ai des cycles hyper irréguliers, à tous les coups je vais galérer pour tomber enceinte". Ce qui, évidemment, fut le cas. Je me demande dans quelle mesure j'en ai eu la simple intuition, et dans quelle mesure je me suis moins même conditionnée pour galérer.

Bref, ce n'est pas le sujet, même si c'est intéressant.

Mes règles donc. Ma meilleure amie de l'époque les a eues quelques semaines avant moi et quand elle me l'a annoncé, prise d'une subite panique ou de je ne sais quelle urgence, je lui ai menti. "Moi aussi" me suis-je entendu répondre à son annonce joyeuse.

J'aurais voulu rattraper ce mensonge énorme, ravaler les mots, effacer la minute précédente, mais c'était trop tard. Elle était tellement ravie qu'on partage ça, elle est devenue volubile, elle tournait les bras dans tous les sens en riant et ses joues étaient rouges. Je crois même qu'elle m'a embrassée. Son enthousiasme évident pour notre nouveau lien secret a accentué ma culpabilité. Quant à mon angoisse qu' "elles" ne débarquent jamais, elle a été décuplée.

J'avais l'air fin tiens.

Par chance, je n'ai pas attendu longtemps pour rejoindre le cercle pas fermé des filles pour qui "ça y est, je les ai". Evidemment je n'ai pas pu partager mon petit secret avec ma copine, vu l'énormité (et l'inutilité) du mensonge proféré quelques temps auparavant. Et je crois que ça m'a manqué de ne pas pouvoir le lui dire en chuchotant, pendant la récréation, là-bas derrière les frênes, comme elle l'avait fait avec moi.

Ca s'est bien passé sinon. Hormis cette phobie qui ne m'a pas quittée pendant les deux premiers jours : est-ce que ça se voit ? est-ce qu'on peut le deviner ? il n'y a pas de tâche ? la serviette ne risque-t-elle pas de tomber ? Devant autant d'angoisse et - je pense - en observant ma démarche complètement tordue (je serrais les cuisses voyez-vous, j'imagine que beaucoup de femmes comprendront de quoi je parle) ma mère avait eu de la compréhension, elle m'avait proposé de ne pas aller à l'école. Ca m'avait soulagée. Le cycle suivant ça allait déjà mieux d'ailleurs, j'avais pris de l'assurance en moi-même (et en Vaniania).

Pourquoi je raconte tout ça ? Parce que ma fille aînée a dix ans et demi et que dans un avenir pas si lointain que ça, ce sera elle qui sera concernée par tout ça. De mon expérience, je garde un souvenir globalement positif : ma mère était à l'écoute et elle a répondu à toutes mes questions, d'un point de vue pratique et physiologique. Avec beaucoup de précisions biologiques d'ailleurs (ma mère est pédiatre). Les cycles, l'ovulation; le déroulement des phases lutéales et autres variations de température n'ont jamais eu de secrets pour moi, j'étais au fait de tout, je connaissais ces phénomènes sur le bout des doigts dès mon plus jeune âge.

Mais je dirais (avec le recul) que ça a sans doute manqué de... simplicité. De joie aussi. Je veux dire : ça n'était pas triste hein, c'était chouette et ma mère m'a même fait un petit cadeau. Mais c'était très intellectuel, ça manquait de cette joie un peu sauvage, primaire et instinctive qui remonte le long des viscères sans qu'on y réfléchisse et qui éclate comme un feu d'artifice. Le genre de joie qui donne envie de danser sous la pluie ou de se dessiner, avec les doigts, des motifs tribaux sur le visage et le corps. Le genre de joie qu'on éprouve en regardant le soleil se coucher sur les blés ou en courant dans les vagues de l'océan en éclaboussant tout sur son passage (oui j'assume mon trip qui peut sembler osciller entre mysticisme et folie). Le genre de choses que je ne faisais jamais à l'époque, et que je m'autorise encore trop rarement aujourd'hui, mais auxquelles j'aspire dans ma quête de me retrouver.

J'ai envie de ça pour mes filles. J'ai envie qu'elles se souviennent de cette période et de cet événement comme étant quelque chose de gai et de puissant à la fois. Un souvenir qui leur colle le sourire aux lèvres et dans lequel elles pourront à loisir puiser de la force, de la confiance en elles-mêmes, de l'enthousiasme, de la fierté et de l'équilibre. J'ai envie que les bases de leur féminité se construisent là-dessus, joie et fierté. Vu comme je me souviens de plein de détails et comment j'ai ensuite grandi / évolué / appris (ma soif d'en savoir plus sur le corps humain n'a jamais été éteinte, j'ai même fait des études de biologie avec un module sur la reproduction animale), je suis persuadée que la façon dont on vit cette période joue ensuite un rôle capitale sur notre rapport au corps, à la féminité, à l'amour aussi.

Je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre, mais je cherche du côté des Tentes rouges, pour celles qui connaissent. D'ailleurs même pour moi c'est quelque chose qui me fait de l'oeil depuis un petit moment. L'occasion de faire le point, de partager, d'apprendre mais aussi, sans doute, de faire la paix avec tout un tas d'événements que toute femme connaît (à commencer par sa propre naissance). En ce sens, ça rejoint d'une certaine manière le travail entamé par le Rebirth...

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gégé 29/08/2013 21:06

Bonjour,
j' ai un bout de livre qui pourrait vous donner des idées, si cela vous intéresse,...
PS j'ai aussi une fille de 10.5 ans

sandrine 27/09/2013 15:16

c'est ma mère qui a finit par m'en parler quand elle m'a vue pleurée en sortant des toilette, mais comme d'un tabou, et avec excessivement de pudeur... mais bon je m'en suis remise :) , même si aujourd'hui, j'aimerais pouvoir m'en passer complétement.

La Journaliste IT Pink & Green 31/08/2013 14:46

Oui je suis intéressée, merci !

sandrine 26/08/2013 21:25

moi, quand je les ai eu, j'ai cru que j'avais une grave maladie et que j'allais mourir, car personne ne m'en avait parlé....

sandrine 27/09/2013 15:17

c'est ma mère qui a finit par m'en parler quand elle m'a vue pleurée en sortant des toilette, mais comme d'un tabou, et avec excessivement de pudeur... mais bon je m'en suis remise :) , même si aujourd'hui, j'aimerais pouvoir m'en passer complétement.

La Journaliste IT Pink & Green 31/08/2013 14:46

Ouch rude ! Tu as trouvé de l'aide / des conseils auprès de qui ? des copines ?

Bertille 26/08/2013 13:51

Bien bel article sur un sujet qui nous concernent toutes.
Les façons de vivre cette arrivée des règles sont différentes selon la famille. Je les ai eus à presque 13 ans, j'étais fière, je crois, mais c'est vrai que ma mère étant très pudique sur ces sujets là, on en a jamais trop parlé, le plus gros, je l'avais appris à l'école en primaire (une infirmière était passée faire un cours).
Dans ma famille, le mot "règles" n'est quasi jamais prononcé, ma mère utilise toujours ce pudique "c'est ça qui est débarqué" presque en chuchotant. Moi j'ai laissé tous ces tabous derrière moi en quittant la maison de mes parents, et si un jour j'ai une fille, j'espère de tout coeur que nous pourrons parler ouvertement de ce sujet-là !

La Journaliste IT Pink & Green 31/08/2013 14:45

Merci pour ton témoignage. Chez nous aussi on en parlait discrètement, sans que ce soit tabou.

Saa 26/08/2013 11:56

@Bouboulette: la claque donnée à l'annonce des 1ères règles est une "tradition" dans certaines communauté. Il semblerait que la mère doive gifler sa fille puisque ce signe annonce qu'elle peut "fauter"! Chouette souvenir! :/

La Journaliste IT Pink & Green 31/08/2013 14:44

Oui c'est un peu raide comme manière de rentrer dans le monde des femmes...

LMO 26/08/2013 10:52

C'est marrant, moi aussi j'attendais avec impatience mes règles (mais je ne me souviens plus à quel âge je les ai eu... Soit à presque 14 ans, soit à presque 15... Je crois que c'était à presque 15!).
Je me souviens avoir été assez fière de devenir "une femme". Ma mère est restée pusique, comme moi, sur le sujet. Et ça m'a parfaitement convenu. Pas de tabou, pas d'excès de joie. Voilà, j'avais mes règles, j'étais la même que la veille et que le lendemain, j'avais juste la possibilité de procréer. Point.

Je ne sais pas de quoi aura envie ma fille... Je ne crois pas être en mesure de lui organiser une fête ou quoi que ce soit, tellement, pour moi, cette évolution dans sa vie ne regarde qu'elle... Je suis peut-être bizarre!

La Journaliste IT Pink & Green 31/08/2013 14:42

Non, tu n'es pas bizarre du tout, c'est ton ressenti et tu as raison de te fier à lui :).