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Sur la route des vacances, jadis

par La journaliste IT pink & green

Sur la route des vacances, jadis

Jadis on s'entassait à l'aube dans une Volvo break, casant nos quatre paires de mollets enfantins entre la glacière, des dizaines de sacs et valises, quelques coussins et nos jouets.

De ceinture de sécurité, point. De clim non plus d'ailleurs. Quatre enfants qui s'emmêlaient, dormaient les uns sur les autres, se disputaient et peu et changeaient régulièrement de place : trois sur la banquette arrière, un dans le coffre, au milieu des bagages et des conserves qu'on ramenait au retour.

Jadis il faisait chaud dans la voiture. On avalait les 1800 kilomètres qui nous séparaient de notre lieu de vacances en ouvrant les fenêtres et en bougeant le moins possible, pour ne pas transpirer. Tous les 200 ou 300 kilomètres, on décrochait nos cuisses nues collées aux fauteuils par la sueur pour se dégourdir un peu le squelette et la tête.

La chaleur des aires d'autoroute tabassait presque davantage que celle contenue dans la voiture. Au dessus du sol et à la surface du moteur, l'air tremblotait de chaud et nous donnait des hallucinations de flaques d'eau.

On mangeait toujours la même choses, salade de pommes de terre vinaigrette, viande panée, oeufs durs, parfois une terrine de porc froide que ma mère découpait en tranches fines avant de nous les passer sur des tartines de pain. Au retour il y avait aussi le salami slovaque et le fromage fumé. On les mangeait avec délectation et parcimonie, jusqu'à Noël, par petites doses, en se rappelant cette période de vacances, la route étouffante et les ruisseaux rafraîchissants.

Le petit bonheur (et le grand soulagement) c'était cette nuit à l'hôtel, en Autriche, toujours dans le même village, toujours dans le même établissement aux balcons dégoulinant de fleurs rouges. La douche, les cache-cache dans le grand jardin, la balançoire, le repas autrichien, les bâillements à table, les draps frais, le sommeil à peine dérangé par le bruit de quelques voitures et de trois tracteurs qui traversaient la route juste à côté. Et le petit déjeuner. Surtout le petit déjeuner. Cette institution, ce souvenir fabuleux d'oeufs - mouillettes, de fromage, de café au lait, de jus d'orange et de confitures brillantes comme des vitraux.

On reprenait la route le coeur et l'estomac réconfortés. Souvent on s'arrêtait à la supérette du dernier village avant la frontière pour acheter des denrées qu'on n'était pas sûrs de trouver de l'autre côté : des bananes pour ma grand-mère, du chocolat (du vrai, j'entends, celui de Slovaquie est juste atroce), du café, un peu de jambon et du fromage. Je me souviens d'une année ou le pays était en pénurie de patates (incroyable...) et une autre où c'est le papier toilettes qui est venu à manquer !

L'arrivée à la frontière faisait immanquablement battre nos coeurs à l'unisson. L'énorme antenne de télévision qui domine Bratislava nous accueillait de loin. Puis venait la file interminable de voitures qui attendaient le passage à la douane : vérification des passeports, ouverture des valises, inspection sous la voiture avec une sorte de miroir monté sur un manche et des roues (ça nous fascinait, quelqu'un aurait pu se cacher en dessous ?), fouille en règle parfois. Sous le communisme on pouvait passer des heures à la frontière. Et ce n'était pas fini, il restait plus de 200 kilomètres à parcourir sur des routes de campagnes et de montagne, zigzagant entre les nids de poule à travers villages et champs, souvent derrière des camions qui empestent ou des fils entières de tracteurs paresseux. Mais c'était pas grave. On était arrivés. On était à la maison. Même les routes complètement défoncées, même les ouvriers qui buvaient de la bière à huit heures du matin, accoudés à une pelle ou un marteau-piqueur, même les grincements horribles des vieux trains, même d'odeur des hot-dogs à la moutarde slovaque, si sucrée, oui, même les affiches délavées et déchirées qui n'avaient pas changé en un an, tout cela nous semblait merveilleux et nous procurait un profond sentiment de sécurité et de bonheur.

C'était parti pour deux mois de vacances. Vallées, ruisseaux glacés, groseilles blettes (groseilles à maquereau), gratin au pâtisson, visites à l'atelier de mon grand-père, cafés préparés à la turque, glaces russes, veillées, bus étouffants et asphalte qui fond en faisant des bulles sur les chemins cabossés dans la montagne, ils étaient bien ces deux mois de vacances. J'y repense avec émotion, mais sans nostalgie. Et je me plais à croire que mes filles ont retrouvé durant deux semaines un peu de mes étés d'enfance, des étés doux, sucrés, lents et chauds.

(Photo trouvée sur We heart it)

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Musique voiture 08/04/2014 16:05

Tiens c'es marrant nous aussi c'était avec une bonne volvo pour la route des vacances.. que de souvenirs !

very easy kitchen 09/08/2013 11:01

joli article empreint de nostalgie. Comme tu le dis, tout semblait plus simple, plus authentique, nous courions dans les champs, on faisait des cabanes, alors que les enfants d'aujourd'hui s'ennuient dès que l'on coupe les écrans.

emilie 08/08/2013 18:53

comme c'est émouvant ce récit, merci...

La Journaliste IT Pink & Green 09/08/2013 08:29

Merci à toi :-*

la Nixe 08/08/2013 16:53

Joli article, et qui rappelle effectivement quelques souvenirs

La Journaliste IT Pink & Green 09/08/2013 08:28

Merci :)